‘Quelle est votre doctrine ?’ demandez vous.
Et je serais embarrassé de vous répondre.
Non Alignement.
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Editions ALLIA /// 6.10 euros
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Zapa estime qu’il y a des voix qu'on entend pas assez
et d'autres qu'on n'entend que trop
Zapa n'aime pas vraiment les pensées dominantes
Et se veut ouvert aux esprits divergents
Ceci sans approche partisane
Enfin, pas trop…
Zapa sympathise avec tous ceux qui proposent une alternative au bourbier dans lequel nous clapotons allégrement
Ceux qui sapent les fondements du consensus mou généralisé
Et en grignotent les
racines fangeuses
Zapa se propose d’en relayer les prises de positions
Modestement
Mais avec enthousiasme
Zapa aime bien les bouquins aussi
Alors il tâchera
de propagander
Ceux qui - en rapport avec le sujet qui le tarabuste -
l’ont particulièrement marqué
Zapa se veut une espace démocratique et ouvert à tous, enfin presque...
Pour proposer des entretiens, envoyer une chronique sur un livre
ou vilipender son créateur :
« les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer » (Gilles Deleuze).
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Nous pensions que ne rien faire à une période de violente répression,
est en soi une forme de violence.
(témoignage rétrospectif d’un Weatherman)
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Actes Sud, Collection Babel /// 8 euros
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De "modernité" à "gouvernance" en passant par "transparence", "réforme", "crise", "croissance" ou "diversité" : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque
jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du
néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité.
(Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien)

Editions Raisons d'Agir /// 6 Euros
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Editions Phébus /// 13.50 euros
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Tout état moderne contraint de défendre son existence contre des populations qui mettent en doute sa légitimité est amené à utiliser à leur encontre les méthodes les plus éprouvées de la mafia historique, et à leur imposer ce choix : terrorisme ou protection de l’état. (Michel Bounan)
Michel Bounan fait partie des rares penseurs contemporains à susciter autant notre enthousiasme que notre réserve. Enthousiasme car il mène un très appréciable travail de sape contre tous les monstres froids de notre époque glaciale (société de consommation vampirisatrice, intoxications mentales et corporelles généralisées, lois étatiques castratrices, totalitarismes diffus et rampants…), réserve parce que les conclusions tirées, souvent extrêmes, ne suscitent pas forcément notre adhésion (manque de références, tendance à la généralisation…). Logique du terrorisme présente les mêmes travers.
Les livres de Michel Bounan gratouillent toujours nos sociétés modernes là où ça fait mal. En tirent immanquablement le suc le plus nauséabond, le plus malsain. On pourrait y voir une fascination pour la déchéance généralisée de notre temps, fascination parfois un tantinet dérangeante. On pourrait aussi y voir la marque d’un grand penseur.
Personnellement, on a pas encore réussi à se faire une opinion, on oscille. Reste que dans tous les cas, ses livres ont au moins le mérite de violemment secouer le cocotier de nos confortables certitudes.
Dans ce court essai, Bounan s’attaque aux racines du terrorisme, pour lui un des phénomènes les plus marquants et représentatifs du 20ème siècle. Et y voit la manifestation de machinations étatiques remarquablement huilées. Et salement machiavéliques.
En premier lieu, Bounan rappelle qu'il existe de nombreuses formes de terrorismes : étatiques (Dresde, Pearl Harbor ou Hiroshima), nationalistes (FLN, IRA, ETA...), combattant un ordre injuste social (anarchistes russe du 19éme siècle, Bande à Baader, Action Directe), religieux (fondamentalistes chrétiens ricains, intégristes musulmans...)…
Puis il entame le travail de sape caractéristique de son approche intellectuelle. Premier pavé dans la mare, celui ayant trait à son postulat de départ : le terrorisme tel qu’il a pris place dans les sociétés du monde moderne est invraisemblable. Invraisemblables ses réussites (au sens d’action menée à terme, pas de répercussions). Invraisemblable l’inefficacité totale de services de renseignements censés les combattre. Invraisemblable enfin l’attitude de médias jouant le jeu des terroriste (le but d’une action terroriste étant la focalisation sur une cause, elle ne peut exister que par une médiatisation d’envergure, ou perd sa raison d’être).
« Telle qu'elle est présentée par les responsables gouvernementaux, par les journalistes, par les policiers et par les terroristes eux même, la guerre menée par le terrorisme contre ses adversaires déclarés est tout à fait invraisemblable. Pour être crédible, cette histoire exigerait triplement et simultanément une excessive stupidité des terroristes, une incompétence extravagante des services policiers spécialisés dans la lutte anti terroriste et une folle irresponsabilité des médias. Cette invraisemblance est telle qu'il est impossible que le terrorisme soit réellement ce qu'il prétend être ».
De cette invraisemblance, Bounan tire un constat : le terrorisme, loin d’être une inévitable malédiction du temps présent, serait l’outil privilégié d’Etats ou de pouvoirs divers cherchant à (re)conquérir une légitimité. Les états modernes se comporteraient comme des mafias relookées. Avec un but : se poser en protecteur pour mieux régner, encourager la terreur tout en se posant en seul recours à cette terreur. Simple retour aux vieilles recettes de psychologie élémentaire : faire peur c’est dominer.
Agiter le chiffon du terrorisme, l’encourager de facto, permettrait de mieux enrégimenter des sujets effrayés (deux chiffres révélateurs : en 1995, juste après l’attentat d’Oklahoma City, 58% des américains se déclarent d’accord pour renoncer à certaines libertés afin de faire barrage au terrorisme. Et en septembre 2001, juste après les attentats du 11 septembre, la popularité de Bush passe subitement de 55 à 86% dans les sondages). Raisonnement limpide mais dont on jugerait la systématisation un tantinet paranoïaque si il n’était étayé d’exemples nombreux autant que dérangeants. Zapa choisit ici de n’en aborder que quelques uns, en vrac. Les curieux n’auront qu’à lire le livre.
Fin 19ème / début 20ème siècle :
Un des exemples les plus probants d’utilisation du terrorisme par un pouvoir étatique réside dans le cas du très étonnant Yergheï Filipovitch Asev. Chef de la mouvance anarchiste russe, commanditaire de nombreux attentats souvent sanglants (meurtre de plusieurs grands ducs, d’une demi douzaine de gouverneurs, du ministre de l’intérieur, du chef de l’Okhrana…), il se révélera plus tard (ce que confirmera Stolypine, ministre de l’intérieur Russe) comme ayant été depuis le début un zélé auxiliaire de la police. Bounan cite Enzensberger (cf. Zapathèques 1, les rêveurs de l’absolu) parlant du terrorisme russe : « les agents secrets du tsarisme y jouent un tel rôle qu’il est impossible de séparer l’histoire de la révolution de l’histoire de leur provocations ».
27 février 1933 :
Hitler vient d’être élu chancelier. L’incendie du Reichstag lui permet de mettre en place rapidement un régime autoritaire et de mettre à sa botte les institutions démocratiques. Il a été prouvé que le militant gauchiste arrêté, n’avait pu agir seul. Que divers foyers d’incendie avaient permis la destruction totale du bâtiment. Et que l’incendiaire décapité avait été secondé, à son insu. Une telle occasion de tordre le cou à l’opposition étant évidemment précieuse...
6 décembre1941.
Les japonais attaquent Pearl Harbour. Le lendemain l’opinion américaine jusqu'à alors très défavorable à cette guerre se range en fanfares derrière la décision du commandeur en chef Roosevelt d’entrer dans la guerre.
Pour Bounan, pour les historiens aussi, Pearl Harbour est bourré d’incohérences. D’abord, contrairement aux autres bases américaines dans le pacifique, Pearl Harbour est très mal défendue. Ensuite, les services secrets américains et étrangers semblaient connaître de longue date le lieu d’attaque de l’armée japonaise, le code secret de l’armée japonaise ayant été déchiffré depuis longtemps. Comme pour le 11 septembre, le manque de réactivité (la base n’était même pas en état d’alerte) des responsables américains aux sonnettes d’alarmes tirées en tout lieux (l’ambassadeur américain au Japon ou l’amiral hollandais Helfrich, entre autres, avaient prévenu Washington de l’attaque) est effarante.
La catastrophe de Pearl Harbour aurait en fait été encouragée par l’entourage du président, soucieux de maintenir une industrie de guerre pléthorique et d’ouvrir à la libération de nouveaux champs d’expansion asiatiques à l’industrie américaine. Bounan mentionne cette réunion tenue le soir de l’attaque par Roosevelt avec quelques gradés, en attendant l’attaque. Et cite l’historien américain John Toland, rapportant les hallucinants propos de Roosevelt à ses affidés galonnés : « messieurs, ceci va au tombeau avec nous ».
4 ans plus tard, les bombardements de Dresde et surtout l’utilisation de l’arme nucléaire contre le Japon se chargeront de rappeler que le terrorisme étatique peut également être le fait de régimes démocratiques modernes. Le but réel d’Hiroshima et Nagasaki par exemple étant plus d’impressionner Staline lors du partage du monde en cours, que de faire plier un empire Japonais déjà largement à genoux.
1982
Trois séparatistes irlandais sont arrêtés en région parisienne, à Vincennes. Dans leur logement, la police française découvre quantité d’armes et d’explosifs destinés à une future opération terroriste. Quelques années plus tard, un gendarme français avoue avoir déposé de lui même le matériel terroriste, sur ordre venu de très haut. L’affaire sera évidemment rapidement étouffée.
Sur sa lancée, Bounan décortique de nombreux autres attentats, recelant tous des parts d’ombre assez étonnantes :
L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en 1914, détonateur de la première guerre mondiale ? Habile manœuvre de l’empire austro-hongrois (laisser agir à leur guise les bouillants nationalistes serbes) pour se débarrasser d’un héritier peu conforme à la tradition impériale tout en obtenant une guerre désirée.
L’attentat meurtrier d’Oklahoma City en 1995 ? La résultante d’une machination gouvernementale dans laquelle l’homme arrêté, Mc Leigh, jouerait le rôle de « l’idiot de service », plusieurs experts du Pentagone ayant semble t’il déclaré absolument invraisemblable que l’explosion provoquée par son camion bourré d’engrais ait suffi à faire de tels dégâts (tout comme l’inventeur de la bombe à neutrons, Samuel Cohen, qui déclara tout de go : « il est absolument impossible qu’un camion rempli d’essence et d’engrais fasse s’effondrer le bâtiment »). Peu après, Clinton promulguait le très liberticide anti terrorism act.
Les mouvances d’extrême gauche des années 1970 tels que Bande à Baader en Allemagne ou Action Directe en France ? Des mouvances infestées par la police et bien utiles pour stigmatiser une opinion alors un peu trop libertaire.
L’accumulation des cas est plutôt fascinante. Et le faisceaux de présomption mis à jour par Bounan tentaculaire. Pour lui, ce n'est pas les états qui formentent les attentats. Simplement ces états laissent faire, voire encouragent.
A qui profite le crime ? a des états mafia, avides d'enrégimentement, mettant des citoyens lambda face à une équation des plus simples : le terrorisme, ou nous. Les Etats Unis de Bush en seraient évidemment l'exemple le plus probant : guerre en Irak sur la foi d’un mensonge avéré (la présence en Irak d’armes de destruction massives) pour s'assurer une réélection par forcément gagnée d'avance. Chiffon de Ben Laden agité régulièrement au nez des citoyens pour faire passer des lois liberticides. Attentats du 11 Septembre bourré d’invraisemblances (nullité absolue des services de renseignement ricains, impossibilité à priori pour des pilotes amateurs non guidés par satellites de réussir de telles prouesses aux commandes d’avions de ligne, bailleur de fonds de l’opération – le général pakistanais Ahmoud ahmad – reçu par le directeur de la CIA quelques jours avant les attentats, services de renseignement étrangers s’éreintant en vain à prévenir d’une opération qu’ils ont mis à jour depuis longtemps …). Et autres joyeusetés du même tonneau.
A l’arrivée, on ne sait quoi penser. Le raisonnement de Bounan tient largement la route. Et ses exemples sont souvent difficilement réfutables. Mais on connaît aussi l’attrait exercé par la théorie du complot généralisé. Son pouvoir magnétisant sur des cerveaux parfois brillants. On pense ainsi au réseau Voltaire et à son plus dérangeant/dérangé représentant, Thierry Meyssian clamant sur toutes les chaines de télés que le 11 septembre n’a pas eu lieu et frôlant sous couvert de mise à jour de la vérité un antiaméricanisme primaire doublé d'un antisémitisme latent (L'amérique et Israêl étant désigné comme les deux manipulateurs en chefs).
Si le raisonnement de Bounan est largement d’une autre trempe, on aurait aimé une argumentation plus poussée, des références plus
nombreuses, des raccourcis moins nombreux. Quelque chose de plus solide, quoi. La démonstration est brillante, mais il y manque ce qui pourrait en faire un coup de maître. Et
atténuer cette sensation de paranoïa latente. "L'hypercritique" de Bounan dérange : à trop vouloir voir du complot, on le crée bien souvent de toute pièce.
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Reste que si le but était de faire cogiter le lecteur, de porter son attention sur un phénomène occulté, le but est largement atteint. J’en veux pour preuve cette chronique qui, paresse balnéaire aidant, se devait d’être succincte, et pourtant s’étire en longueur sans que votre serviteur ne parvienne à délaisser son électronique plume, tant le sujet le passionne et l’interloque.
Pour - platement - conclure, lisez ce livre et faites vous votre propre avis. Personnellement, je sais juste qu’au sortir de ce livre, ma vision
du terrorisme dans son ensemble, de son poids dans l’histoire à sa logique de fonctionnement, est largement modifiée.
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L’extraordinaire succès de la mafia historique témoigne que le
système bipartite du terrorisme et de la protection est d’une monstrueuse efficacité pour gouverner les hommes selon les exigences d’un pouvoir asservi aux lois économiques. (Michel
Bounan)
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Vacances aidant, Zapa délaisse un tantinet ses territoires de prédilection. Place donc aux très plaisantes lubies du sieur Adri, à sa
fascination pour les envappés moyen-âgeux et à ses divagations pleines de bon sens sur la chrétienté fanatisée en ses heures les plus sanglantes. Montjoie
!
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« Les fanatiques de l’apocalypse », de Norman Cohn, a été édité pour la première fois en 1957. C’est un livre d’une érudition rare, tombé dans l’oubli. Et c'est bien dommage, vu qu'il
éclaire lumineusement une période – le Moyen Age – aussi trépidante (tous ces illuminés se trucidant allègrement au nom de Dieu...) que mal connue, et essentielle dans la genèse de nos sociétés
contemporaines. Ici, Norman Cohn lève le voile sur un aspect particulièrement méconnu de la période : l'éclosion de mouvements religieux remettant violemment en cause l'hégémonie d'une Eglise
catholique romaine alors salement corrompue pour privilégier des doctrines alternatives, bien souvent anarchisantes.
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Place aux « millénaristes révolutionnaires et anarchistes mystiques au Moyen-Âge », et oui, c’est le sous-titre et ça balance du gros. En premier lieu, Norman Cohn balaie le postulat cher aux programmes scolaires selon lequel le Moyen-Âge serait l’âge du règne incontesté et sans partage de l’Eglise romaine sur la spiritualité européenne. L’aire géographique comprise entre la France et l’Allemagne et particulièrement le nord de cette zone du XI au XVIème siècle est le cadre de cet essai. A cette époque, la région connaît moult bouleversements autant économiques que démographiques, politiques ou épidémiques. Cela a pour conséquence directe de laisser de larges pans de population livrés à eux-même, en dehors des cadres de la société féodale traditionnelle. Cette dernière présentait les avantages d’offrir la sécurité et les liens sociaux propres à toute communauté vivant en relative autonomie. Dans ce contexte, les seules révoltes sont des « jacqueries » spécifiquement rurales : rébellions contre un seigneur ou un évêque qui prennent leurs aises avec les us et coutumes et oppressent leurs gueux avec un peu trop d’enthousiasme. Tout cela s’achevant évidemment par un mariage et beaucoup d’enfants, pardon, un bain de sang.
« Les fanatiques de l’Apocalypse » traite au contraire des zones urbaines qui regroupent tout ce que la société fabrique comme réprouvés, marginaux et laissés pour compte. En ces temps boueux, la religion est en quelque sorte l’ultime réconfort de ceux qui n’ont rien. L’opium du peuple aurait dit Karl mais qui serait ici plutôt du crack, des méta-amphets, un truc qui nique le cerveau et fait tout partir à veau l’eau de boudin dans le sang et les larmes. Je m’explique : l’ Eglise catholique romaine s’est toujours distinguée par son opportunisme dogmatique en matière de pouvoir temporel autant que spirituel. On peut dire qu’ils n’y allaient pas avec le dos du goupillon, la simonie (trafic de charges ecclésiastiques, de biens spirituels et de reliques) en étant un symptôme avéré. Reste que le peuple assistait à l’insolente et quotidienne baignade des prélats dans le stupre et le luxe (Luxuria et Avaricia). Certains allaient même jusqu’à s’afficher avec leurs maîtresses aux Conciles.
A l’aube de certaines évolutions conjoncturelles et/ou structurelles (« essor démographique, industrialisation, affaiblissement ou disparition des liens sociaux traditionnels, élargissement du fossé entre riches et pauvres ») se créaient des mouvements reprenant à leur compte l’eschatologie chiliastique des juifs, des premiers chrétiens (cf. Songe de Daniel). Ainsi se développaient des révolutions de plus ou moins grande ampleur à caractère anti-clérical, anti-nobles, anti-bourgeois, anti-tout et radicalement nihilistes. Explication des mots compliqués : eschatologie : la fin des temps, l’apocalypse, les « derniers jours » quoi ; chiliastique : le temps venu des enfants heureux et des monstres gentils ou l’avènement sur terre de la Cité de Dieu (un peu maltraitée il est vrai) de Saint Augustin où les « gentils » retrouveraient la paix édénique dans une débauche purement matérielle et alimentaire (de quoi rêver) tandis que les méchants seraient, qui exterminés par l’armée des justes, qui réduits en esclavage pour le prochain millénaire. Un mythe social parfaitement adapté à une populace miséreuse et aigrie.
D’autant que la parousie devait être précédée d’une période de troubles et de catastrophes, que la peste matérialisa parfaitement dans les esprits. Dans la mystique populaire le retour du Christ n’adviendrait que lorsque les méchants et les infidèles seraient passés au fil de l’épée. Les juifs en firent largement les frais pendant toute cette période. Dans un contexte de soulèvement populaire, tous les représentants de l’oppression, le clergé et parfois la noblesse, se matérialisaient en suppôts de Satan dont l’élimination conférait d’office une place au paradis. Ces mouvements se constituaient autour d’un messie autoproclamé contacté personnellement par le Seigneur pour mettre bon ordre dans ce monde pourri. Quelles qu’aient été les aspirations louables du mouvement à sa constitution (lutte contre l’injustice et la corruption, rétablissement d’une sorte d’Etat de nature non perverti par les grands de ce monde), il se transformaient en une bande de pillards assoiffés de sang, affamés d’or et persuadés d’agir au nom de Dieu. Ils finissaient pendus, brûlés ou décapités par les tenants de l’ordre au nom du même Dieu.
C’est schématique et ne recouvre pas toutes les réalités décrites dans ce livre mais convient par exemple relativement bien aux premiers mouvements d’Eude de l’Etoile, de Tanchelm ou encore des Pastoureaux. Restent que les croisades populaires et les Tafurs (les seuls à avoir atteint la terre sainte, horde déguenillée appliquant le dénuement le plus strict qui sous les ordres du roi Tafur terrorisaient, massacraient et cannibalisaient les infidèles), ne correspondent pas à ce schéma simpliste. De même que la révolte Taborite en Bohême, précurseur idéologique de l’anarcho-communisme et la Nouvelle Jérusalem de Münster ont une portée infiniment supérieure pour avoir fait trembler l’Europe toute entière. Les frères du libre-esprit ont, eux aussi, une place à part car loin de se considérer comme des élus de Dieu venus préparer son règne, ils se considéraient comme son égal, le seul pêché étant de ne pas répondre au moindre de leurs désirs.
Et puis merde ! Y a encore les flagellants que j’ai pas évoqué ! T’as qu’à le lire ce livre, bougre de fainéant. Bon je vais quand même finir sur la thèse couillue du sieur Cohn, développée en filigrane dans le livre et explicitée à la fin.
Les deux grands courants autoritaires et révolutionnaires de ce défunt vingtième siècle, nazisme et communisme seraient des réminiscences directes de ces révolutions mystiques du moyen-âge. Sans faire l’amalgame entre ces deux régimes (comme de bien entendu), ils possèdent des caractéristiques communes : les conditions socio-économiques de leur apparition, l’avènement prochain d’un âge d’or (la société communiste et le Reich de mille ans), ce dernier passant par l’extermination des « méchants » (taxés qui d’esprit bourgeois, qui de judaïsme). L’hypothèse parait en premier lieu aberrante mais elle est finalement bien développée et plutôt convaincante. Il suffit de jeter un œil sur le « Livre aux cent chapitres », manuscrit écrit par le Révolutionnaire du Haut-Rhin au XVIème siècle. Il représente un agrégat exemplaire des fantasmes populaires de l’époque : l’avènement de l’empereur des derniers jours (réincarnation de Frédéric II) qui mènera la race germanique vers l’état de nature dans lequel elle vivait avant d’être corrompu par l’influence romaine, catholique et juive. Les juifs étant dépeints comme le principal obstacle à la réalisation pleine et entière de l’empire germanique à sa domination sur les autres peuples qui lui sont naturellement inférieurs…
Cependant, j’ai lu une édition des années 60, et il semble que les éditions ultérieures ont délaissé ce point. Ce dernier étant assez bien étayé et ne tentant pas de s’ériger en explication mono causale, c’est dommage. C’est également le seul livre à traiter spécifiquement de ces mouvements. Il permet d’éclairer ce qu’a représenté la Foi pour le petit peuple à cette époque et de souligner la – traditionnelle – métamorphose de mouvements révolutionnaires bien intentionnés en affreuses boucheries.
D’autre part, il met en scène une bande de fêlés qui prennent leurs désirs pour des réalités, chargent à un contre mille persuadés de leur invulnérabilité. Pour un athée convaincu comme moi, la Foi a toujours eu un aspect fascinant…
Voilà j’en ai fini avec ce livre dont le seul défaut pourrait-on dire est qu’il est pratiquement introuvable hors bibliothèque universitaire. (pas besoin d’être étudiant pour y aller mais ça coûte plus cher. Monde de merde !)
La paix du Christ, mes frères.
Lactance (IVème siècle après J-C) :
Alors les cieux s’ouvriront ; la tempête fera rage, et le Christ descendra, muni d’une grande puissance et une lueur de feu le précédera, ainsi qu’une cohorte d’anges innombrables ; cette foule de mécréants sera anéantie et le sang coulera à flots…La paix revenue et les maux supprimés, le Roi juste et victorieux soumettra les vivants et les morts à un jugement terrible et Il asservira tous les peuples païens, placés sous le joug des justes survivants ; aux justes trépassés Il accordera la vie éternelle et Il règnera lui-même avec eux sur cette terre et fondera la Cité Sainte. Et ce royaume des justes durera mille ans. […] Alors la pluie descendra sur la terre matin et soir comme une bénédiction, et la terre produira tous ses fruits sans l’aide du labeur humain. Le miel dégouttera en abondance des rochers ; des sources de lait et de vin jailliront.
Adri Lefuneste
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Les Fanatiques de l'Apocalypse
Dernière édition : Payot 1983
Dernière minute : si le sieur Adri brille par les mots, il n'en reste pas moins esthétiquement parlant d'une sénilité aberrante. Suite à un conflit concernant les images illustrant cet article, je vous laisse seuls juges, internautes de mon coeur, de ses goûts artistiques délabrés. Voici l'illustration choisie par Adri. N'hésitez pas à vilipender son absolu manque de goût via force commentaires insultants. Salud !
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Lorsque l’on parle d’édition indépendante de qualité, un nom revient
fréquemment, celui d’Allia. Que ce soit dans le domaine de la littérature contemporaine, de la critique sociale ou de l’histoire politique, Gérard Berréby, son fondateur, a construit via Allia un
catalogue d’une cohérence et d’une richesse aussi rares que précieuses. Et semble avoir réussi son pari : faire rimer liberté éditoriale et choix de publication ambitieux avec
réussite commerciale. A rebours des positions pessimistes habituellement tenues sur l’évolution du monde du livre par ses acteurs – à cet égard, il est intéressant de confronter le
discours précédemment tenu par Eric Hazan en ces pages (cf. Zapa Speech #2, part. 1), avec celui du fondateur d’Allia –, Gérard Berréby dresse un tableau de la situation de l'univers
éditorial très éloigné de celui qu’on nous dépeint habituellement. A ses yeux, il n’y aurait pas, au sein du monde du livre, de réel problème de structures, plutôt un problème de
personnes, de mentalités. Prise de position à milles lieues du catastrophisme ambient que Zapa prend grand plaisir à relayer.
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