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ZApa

Pourquoi zapa ?


Zapa estime qu’il y a des voix qu'on entend pas assez

et d'autres qu'on n'entend que trop

 

Zapa n'aime pas vraiment les pensées dominantes

Et se veut ouvert aux esprits divergents

Ceci sans approche partisane

Enfin, pas trop…

 

Zapa sympathise avec tous ceux qui proposent une alternative au bourbier dans lequel nous clapotons allégrement

Ceux qui sapent les fondements du consensus mou généralisé

Et en grignotent les racines fangeuses 
 

Zapa se propose d’en relayer les prises de positions

Modestement

Mais avec enthousiasme

 

Zapa aime bien les bouquins aussi 

Alors il  tâchera de propagander 
Ceux qui - en rapport avec le sujet qui le tarabuste -
l’ont particulièrement marqué

 


Zapa se veut une espace démocratique et ouvert à tous, enfin presque...

Pour proposer des entretiens, envoyer une chronique sur un livre 
ou vilipender son créateur :

 

lemi.zapa@gmail.com

  

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« les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer » (Gilles Deleuze).

 

Vendredi 1 août 2008
ZAPA n'a pas dit son dernier mot.
C'est juste qu'il va le dire ailleurs.
Ici : http://www.article11.info



 












Par lémi
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Mercredi 14 novembre 2007
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Je vois trop mon cher ami qu’il y a du vrai dans vos reproches. 
‘Quelle est votre doctrine ?’ demandez vous. 
Et je serais embarrassé de vous répondre.
  

Non Alignement.
Relire le court texte de Jean Paulhan, lettre imaginaire – ou pas ? – à un jeune excité du PCF le sommant de s’engager dans la grande baston de l’après guerre – PCF Vs. Gaullisme, épuration Vs. pardon – est un exercice salutaire.
Au sortir de la guerre, Paulhan y pose un regard lucide et plutôt sarcastique sur la réalité de l’engagement partisan, à ses yeux toujours un embrigadement contraire à l’intelligence, une abdication de tout sens critique. Lui se veut à même de piocher chez les uns et les autres ce qui l’intéresse. Et en tire un constat sans compromission : 
Alors bien entendu, les partis politiques me paraissent plutôt de l’ordre de la plaisanterie.
 
Evidemment, le message ne consiste pas en un appel au un nivellement des antagonismes, à une volonté d’aplanir les différences. Paulhan, résistant pendant la guerre, n’est pas de ceux qui clapotent dans l’indécision, dans le refus de prendre position. Il ne verse aucunement dans le « tous pourris » ou l’aquoibonisme. Mais tient à réaffirmer une bonne fois pour toutes son indépendance d’esprit forcené. Face au jeu partisan, il préfère juste se forger ses propres convictions. Se tenir le plus loin de tout endoctrinement broute cerveau. On pense à Tzara : « je suis contre tous les systèmes. Le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir aucun. » Ou à tous ceux que les petites querelles partisanes ont toujours rebuté. Voguer au dessus de la mêlée, tellement plus attirant. Ne pas hurler avec les loups. A mille lieues de positions parfois caricaturales de l’intelligentsia française de l’époque – à force d’approche partisane, on ne peut pas dire que des figures de proue de l’extrême gauche comme Eluard ou Aragon ont brillé par leur sens critique…
Bien sûr, on peut y voir une forme d’élitisme vaguement aristocratique – ne pas se salir les mains dans ce cambouis nauséabond –, proche des positions d’un De Gaule période « traversée du désert ». Mais le message distillé par Paulhan dans ces quelques pages ne se veut pas supérieur, ni moralisateur. Juste guidé par la raison. Par l’impératif le plus basique qui soit : ne jamais se laisser dicter une opinion.
Ce qui importe avant tout : le libre-arbitre. Paulhan a ceci d’essentiel qu’il ne considère nullement ses semblables comme des veaux juste bon à suivre le son du clairon majoritaire. Non, l’être humain, intelligent, insaisissable, ne suit pas forcément les voies qu’on lui trace. Et se débarrasse en temps voulu des carcans partisans **.
 
Tout homme est un homme universel. Qui sait juger, mais qui est tout à fait capable de réfléchir. Qui sait inventer, mais qui sait aussi se plier aux inventions d’autrui. Capable de tendresse ou de violence; d’équité comme d’injustice; d’intérêt, mais de détachement. Ce serait peu : doué, par dessus le marché, d’on ne sait quel esprit rétif, difficile, insaisissable. Ainsi tour à tour lion, tortue, hydre ou licorne. Universel à donner le vertige. Mais notre affaire à nous qui nous mêlons de politique, c ’est tout de même d’accorder cette hydre et cette tortue, ce révolutionnaire et ce fasciste.
 
A droite Paulhan ? Possible par moments. Mais à gauche aussi, souvent. Voire encore plus à gauche. Ou au centre. Selon le contexte, selon le débat. Mais à coup sur guidé par des valeurs que les tristes pantins qui nous servent d’opposition majoritaire (bonjour à vous, amis socialistes) ont depuis longtemps renié. Une capacité à réagir contre toute forme d’enrégimentement, d’endoctrinement qui lui aurait fait depuis longtemps s’insurger rageusement dans la situation présente. D’ailleurs, il le dit : « on sait de reste que le bon citoyen passe en prison le plus clair de sa vie ».
 
Qui donc a dit : ‘notre parti au pouvoir, les autres partis en prison’ ? Mais bien sûr, tous les partisans. Et le moins qu’il faille dire des partis, c’est qu’ils ne sont pas longs à prendre eux même un parti. Or c’est toujours le même qu’ils prennent : totalitaires, dévorants. Et par là bien plus proches les uns des autres qu’il ne semble. On s’étend volontiers sur l’opposition des partis, sur les abîmes qui les séparent, sur l’impossibilité où est un homme de droite de comprendre un homme de gauche. On remarque mal à quel point ils se ressemblent, s’accordent : et, si je peux dire, ne font qu’un.
 
 
* A ceux qui le somment de s’engager, de prendre parti pour une épuration d’envergure, Paulhan dira Merde (dans d’autres textes). Aragon, Eluard, ses anciens amis, comme lui résistants ? Des « nouveaux Brasillach », tellement emplis du désir de « collaborer » qu’ils en oublient leurs valeurs humanistes. « Ni juge, ni mouchards », la seule position valable. Paulhan s’y tient.  
 
** Je sais, je sais : avec ce genre de remarques sur l’intérêt de renier le carcan partisan, on pourrait me rétorquer que c’est exactement ce que font les girouettes du PS. Mais, notez bien que l’important ici, c’est la défense forcenée d’une intégrité intellectuelle. Rien à voir donc avec les tristes pantalonnades plus qu’intéressées auxquelles ils nous ont habitué.  
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Editions ALLIA /// 6.10 euros
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Lundi 22 octobre 2007

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Nous pensions que ne rien faire à une période de violente répression, 
est en soi une forme de violence.
 
(témoignage rétrospectif d’un Weatherman)

 
Une fois n’est pas coutume, ZAPA délaisse les caractères imprimés pour la pellicule.
C'est que le documentaire présenté ici mérite largement ce temporaire délaissement de la chose livresque. D’abord parce qu’il revient sur une part de l’histoire américaine largement caricaturée par les livres d’histoire. Et aussi parce qu’évitant tout manichéisme contre-productif, tout angélisme révolutionnaire, il livre un témoignage aussi intelligent que mesuré sur les agissements d’une bande d’idéalistes convaincus qu’ils pouvaient changer le monde. Et tentèrent de le faire.
 
 
1969.
Les Etats-Unis sont enlisés depuis 5 ans au Vietnam, sale guerre qui n’a plus vraiment les faveurs de l’opinion. La question raciale prend un tour de plus en plus violent, Black Panthers et autres activistes de la cause se faisant chaque jour plus revendicatifs. Et surtout, la jeunesse américaine commence à délaisser l’apathie pour clamer son dégoût du pouvoir en place (administration Kennedy puis Nixon). Le plus souvent pacifiquement, pour des résultats globalement mitigés. Et parfois, à partir de l’émergence d’une frange plus radicale au sein du SDS (« Students for a Democratic Society », syndicat étudiant comptant alors plus de 100 000 membres aux Etats Unis), de manière plus radicale.
 
Ceux là – une poignée – ne veulent plus rien avoir à faire avec le pacifisme. Et considèrent de leur devoir de tout mettre en œuvre pour faire cesser la guerre.
 
La naissance du Weather Underground est indissociable de la montée en puissance des voix contre la guerre du Vietnam. Si la plupart des manifestants ne sont pas tentés par une radicalisation de l’approche, ils sont une poignée au SDS à estimer que Nixon et son administration ont dépassé les bornes, surtout après la tardive médiatisation des infâmes massacres de My Lai. .
Mark Rudd : «notre pays était en train d'assassiner des millions de gens. En réalité, le chiffre se situe à quelque part entre trois et cinq millions de personnes. Cette révélation représentait plus que ce que nous pouvions supporter. Nous ne savions quoi faire, c'était un fait trop énorme. Il n'est pas passé une seconde, entre 1965 et 1975, sans que je sois conscient que notre pays était en train d'attaquer le Vietnam (...)».
 
Après avoir pris en main le SDS (de manière assez tordue), les Weathermen basculent rapidement au centre de l’actualité, leur radicalisation allant de pair avec une ostracisation progressive et unanime :
 
Eté 1969 : ils organisent à Chicago les «Days of Rage», nouveau type de manifestation violente préfigurant les Black Blocks. A 300, ils saccagent le quartier le plus riche de Chicago.
Mars 1970 : un groupe autonome de New York décide de se lancer dans l’action violente, acceptant de fait le principe de toute action terroriste : le massacre d’innocents. Les trois conspirateurs décident de faire exploser une bombe lors d'un bal des officiers à Fort Dix. Le projet avorte lamentablement puisqu’ils explosent avec leur bombe lors des préparatifs.
Terry Robins, un des trois : «(...) il était trop tard pour une quelconque réconciliation dans ce pays et le mieux que nous pouvions faire était de provoquer une série d'actions catastrophe (...)».
 
Paradoxalement, c’est ce gigantesque raté qui permet au Weather Underground de prendre conscience de l’horreur absolue de ce genre d’actions. Et de refuser en bloc par la suite toute forme de violence similaire. A partir de là, le Weather Underground prend un soin méticuleux à ne blesser personne. 
Enumérer les divers attentats et faits d’armes du Weather Underground serait fastidieux. Entre 1971 et 1975, le Capitole, l’administration pénitentiaire de San Fransisco et le Pentagone sont entre autres visés, à chaque fois en réponse à un événement précis. L’attentat contre l’administration pénitentiaire, par exemple, répond à l’assassinat de Georges Jackson, le célèbre Soledad Brother, dans l’enceinte de la prison.
Dans le même temps, les acharnés réussissent à faire évader le pape du LSD, Thimoty Leary, détenu dans une prison de haute sécurité.
Les 10 années de traque acharnées qui suivent, FBI aux trousses, ne déboucheront jamais sur l’arrestation des principaux Weathermen. Quant ils tombent – tard – aux mains de la justice, le FBI a usé de tant de moyens illégaux dans la chasse, qu’ils ne pourront réellement être inculpés…
 
 
Le film est majoritairement composé de témoignages des protagonistes de l’affaire : anciens membres du Weather Underground – ne jetant pas forcément un regard très complaisant sur cette période de leur vie – mais aussi officiers du FBI alors chargés de la traque ou anciens dirigeants du SDS en leur temps hostiles à la radicalisation du mouvement. Tous s’attardent sans complaisance sur leurs convictions passées.
Comme le film que Pierre Carles a consacré à la mouvance Action Directe et à leur justification de la violence (Ni vieux ni Traitres, à voir impérativement, comme tous les autres films de Carles), ce qui rend the weather Underground passionnant, c’est les questions qu’il soulève, les territoires explorés, sans parti-pris ni moralisme. 
 
Quel niveau d’oppression faut il atteindre pour que la violence soit légitime ?
Le terrorisme sans victimes, est ce du terrorisme ?
User de violence, n’est ce pas renforcer le camp d’en face ?
L’incurie d’un gouvernement élu démocratiquement, sa malveillance, ses incursions répétées dans l’infâme – pour l’administration Nixon, outre le Vietnam, la liste est longue : assassinats avérés de militants Black Panther, renversement d’Allende, magouilles diverses débouchant sur le Watergate… – excusent t’elles le recours à la violence ?
 
A ces questions qui restent finalement d’une indéniable actualité, les réalisateurs, Sam Green et Bill Sieger, prennent bien garde de ne pas répondre. On leur en sait gré. Ni film de propagande caricatural, ni instrument de dénonciation, The Weather Underground se contente de tracer la chronique d’une rébellion séduisante. Et d’interroger notre propre rapport à la contestation.
Après, concernant les conclusions à en tirer, Zapa, n’empiétera pas sur ce territoire mouvant. Mais conseille juste la vision d’un documentaire salement creuse-méninges.
 
 
You don't need a weatherman to know which way the wind blows.
Pas besoin d'un météorologue pour savoir dans quelle direction le vent souffle.
(Paroles de Bob Dylan dans Subterranean Homesick Blues à l’origine du nom des Weathermen, devenu plus tard Weather Underground)
 
Il faut buter ce fils de pute le plus tôt possible.
(Richard Nixon, évoquant – poétiquement – l’élection de Salvador Allende)


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Samedi 29 septembre 2007

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« Il est désormais admis que si les dirigeants mondiaux veulent se réunir pour discuter d’une nouvelle entente commerciale, on devra ériger l’équivalent moderne d’une forteresse – chars blindés, gaz lacrymogènes, canons à eaux et chiens d’attaque - afin de les protéger de la grogne populaire. » (Naomi Klein) 
   
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On a beaucoup caricaturé le premier livre de Naomi Klein, l’indispensable No Logo, publié en 1999. On l’a présenté comme un manifeste anti-mondialisation, comme une attaque en règle contre l’internationalisation des échanges. Rien de plus faux pourtant. Si No Logo réfutait quelque chose, ce n’était pas la mondialisation en elle même, c’était les valeurs qui la régissaient. Ce que le livre démontrait parfaitement, c’était simplement l’irruption toujours plus obscène de considérations uniquement matérielles dans les débats de ce monde. La coupe réglée de l’humanité au service de quelques multinationales et de leurs marques toutes puissantes. L’accroissement exponentiel des inégalités planétaires et l’intronisation du marketing et de la logique du libre-échange comme fer de lance d’un ordre mondial perverti.
Ce que Naomi Klein décrivait également, c’était l’émergence de mouvements de contestation de ce nouvel ordre capitaliste dans les années 1990 : les anti-pubs, reclaim the streets... Précurseurs d’une mouvance critique acharnée à dézinguer l’obscène baudruche médiatique et publicitaire tissée autour de la société de consommation, à flinguer joyeusement la « tyrannie des marques », qu’on ne tardera pas à regrouper – un peu artificiellement – sous le nom d’Alter mondialistes. C'est cette mouvance contestataire que la journaliste canadienne s’est attachée à suivre à la trace pour le compte de divers journaux. Les articles percutants (une quarantaine au total) que lui ont inspiré cette immersion prolongée sur le « front de la mondialisation » forment ce Journal d’une combattante
 
Propulsée du jour au lendemain grande théoricienne des alter mondialistes, No Logo faisant pour beaucoup office de Bible, Naomi Klein a donc suivi pendant deux ans et demi l’expansion des mouvements de contestation de l’ordre capitaliste mondial. De Seattle (1999), déflagration inaugurale inattendue (« c’est qui ces gens là ? »), à gênes (2001), coup de semonce répressif ultra-violent annonçant les désenchantements à venir et « l’exploitation de la terreur » par les pouvoirs en place.
Cette chronique des 2 ans et demi de pérégrinations engagées qui ont suivis la publication de No Logo saute d’un sujet à l’autre sans jamais perdre sa cohérence, sans délaisser le fil d’un récit sous tendu par la nécessité d’expliquer un combat, son combat. Si la sympathie de la journaliste canadienne pour ces mouvements est évidente, elle n’en garde pas moins la distance nécessaire à la cohérence de ses démonstrations.
Impossible de résumer les divers articles contenus. Du Chiapas (« le sous commandant Marcos et les zapatistes font une révolution qui mise sur les mots davantage que sur les balles ») aux OGM (« la pollution génétique »), de l’Argentine malmenée par le FMI (« Le FMI a eu sa chance de gouverner l’Argentine. Au tour du peuple maintenant. ») au premier forum social mondial de Porto Allegre (« naissance d’une réflexion approfondie sur les solutions de rechange »), en passant par la violence revendiquée des black blocks (Mouvements anarchiste très – trop ? – médiatisés qui ont dépoussiéré le recours à l’Action Directe) et – surtout – des forces policières, Naomi Klein trace le portrait d’un mouvement protéiforme aux prolongements innombrables et animé de courants parfois contradictoires.
Souvent vu comme point faible de cette mouvance contestataire, sa diversité ne l’empêche finalement pas de se retrouver sous une bannière commune : celle de l’indignation devant le spectacle d'un libéralisme sauvage régissant une planète malade de son capitalisme. Qu’ils manifestent cette indignation en formant des brigades de clowns pacifiques, en bloquant les voies d’accès aux conférences des délégués de l’OMC, en bombardant de nounours via une catapulte géante l’enceinte du village financier du sommet des Amériques à Québec (!), ou plus basiquement en chargeant les flics, ils forment finalement une masse beaucoup plus unifiée qu’on pourrait le penser. Et font preuve d’une imagination dans le militantisme qui devrait faire pâlir de honte les tristes pantins qui gèrent actuellement nos pauvres dissidences d’ordre national.   
 
Ce regain de militantisme international décrit par Naomi Klein a pu perdre de sa fraîcheur. De son innocence aussi. Depuis 2001, il semble que le « front de la mondialisation » ait été rattrapé par des formes de lutte partisane et de récupération partisane. Que sa créativité s’essouffle aussi un peu alors même que la répression le frappant est toujours plus forte. On aimerait bien savoir ce qu’en pense la très convaincante Naomi Klein*. D’ailleurs, le seul reproche que je trouve à faire à ce « journal d’une combattante » est qu’il s’arrête en 2001…  
 
 
* pour les anglophones, nombreux éléments de réponse sur :
 

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Actes Sud, Collection Babel /// 8 euros

 

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Dimanche 9 septembre 2007

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De "modernité" à "gouvernance" en passant par "transparence", "réforme", "crise", "croissance" ou "diversité" : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité.
 
(Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien)

   

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C’est en lisant l’excellent article qu’Olivier Bonnet a consacré à l’avènement – consécration serait plus juste… – du mensonge politique généralisé sous le règne du petit agité des épaules (Le sarkozysme ou le mensonge érigé en système :
 
http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2007/09/07/6140118.html) que je me suis souvenu de LQR, la propagande du quotidien par Eric Hazan, lecture qui m’avait fait forte impression mais que j'avais bizarrement oublié.
Dans ce billet, Olivier Bonnet tire un constat sans appel : la parole politique s’est désormais affranchie avec un sans gêne époustouflant de tout rapport à la réalité. Le pouvoir en place s’est tellement décomplexé, il a pris un telle confiance en lui, qu’il peut désormais balancer à tire-larigot les contre-vérités les plus flagrantes, tant il est certain que les rares à relever ses mensonges s’époumoneront en vain à les dénoncer. La brillante analyse de Bonnet se suffit à elle-même, nul besoin d’en rajouter, je vous encourage juste à la lire.
 
Par contre, il est un autre point qui a trait au sujet mais s’inscrit dans une dimension plus large car moins directement liée à l’actualité immédiate. Ce point essentiel, c’est celui de l’enracinement toujours plus marqué d’un langage du mensonge contemporain, forme de propagande vicelarde salement efficace dans le cadre actuel. Son omniprésence au quotidien en fait une arme imparable au service des gouvernants. C’est ce langage qui permet – en partie, la chose nécessite aussi une gigantesque dose d’amoralité et une absence totale de scrupules… – cette impunité démente en matière de foutage de gueule et de falsification des faits. soulignée par Olivier Bonnet. Arme rhétorique des dominants, elle est le sujet du livre de l'éditeur et auteur Eric Hazan qui la désigne sous le nom de LQR : Lingua Quintae Republicae ("Langue de la cinquième république", référence à un ouvrage de Victor Klemperer analysant les glissements sémantiques opérés sous le Troisième Reich : LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d'un philologue). 
 
Ce qui ressort de l’ouvrage d’Eric Hazan, c’est d’abord le fait qu’il y ait une langue du pouvoir, langue qui endort et tend à désarmer toute velléité de rébellion chez ceux qui ne détiennent pas ce pouvoir. Ce langage formaté a selon lui une influence fondamentale sur les évolutions sociétales. Ce n’est pas forcément un scoop, mais la démonstration qu’il opère tend à placer ce glissement sémantique vers une propagande du quotidien comme absolument néfaste à très grande échelle. Et révélateur de l’embrigadement généralisé à l’œuvre dans notre société capitaliste. Il en fait remonter la naissance aux années 1960, avant qu’elle ne prenne véritablement son essor dans les années 1980-1990. Fondée sur le consensus, l’abrasement de ce qui peut faire conflit, elle permet d’éviter toute remise en cause de l’ordre capitaliste actuel et de ses profondes inégalités.
D’abord Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, puis finalement reprise par les politiciens, la LQR est à ses yeux devenue une arme du maintien de l’ordre. Dans ce livre, Hazan décrypte habilement la manière dont elle agit au quotidien et se fait pourvoyeuse de conformité.
 
Pour s’imposer, la LQR, novlangue actualisée, use de procédés rhétoriques à vocation manipulatrice. Il s’agit de dissimuler la vraie nature des problèmes. Lorsque les termes de « patrons », « ouvriers » ou « syndicats » sont remplacés par celui de « partenaires sociaux », il s’agit bien de désamorcer toute allusion à un antagonisme de classe. De même, lorsque « pauvre » est remplacé par « personne à revenu modeste », « victime » par « exclu », « propagande » par « communication » ou « crime de guerre » par « bavure », il s’agit bien de voiler la face à ceux qui pourraient remettre en cause l'inhumanité de notre société et de ses dirigeants.
Euphémisme, langue de bois et matraquage sont les principaux leviers de la LQR, système linguistique à vocation de bourrage de mou. Le principe est simple : on prive des mots qui originellement appartenaient au vocabulaire de la subversion de leur sens premier, on les matraque à longueur de temps et on les vide de leur substance. Puis, une fois essorés et dénués de tout rapport à la réalité, on les utilise de manière détournée.  
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Forgé par des publicitaires et des experts en communication, l'outil LQR fonctionne sur la répétition. Un mot, clair et utile, repris sans fin dans les éditoriaux financiers, les "20 heures" des grandes chaînes, les discours politiques et les affiches dans le métro, devient une bouillie dont le sens s'évapore peu à  peu.
 
L’idée dominante dans sa propagation, c’est d’endormir les masses, de les hypnotiser, de dresser entre elles et la compréhension du monde dans lequel ces masses prennent place un rideau de fumée. C’est ainsi que des termes comme « réforme », « dialogue social », « République », agités à tout bout de champ par les pouvoirs en place ont perdu toute substance, agissant comme des leurres rhétoriques vidés de leur sens premier. Pour Hazan, la LQR agit comme un vernis, gomme tout relief aux problématiques sociales. Elle est aux politiques ce que la publicité est aux chefs d’entreprises : un outil de manipulation à l’efficacité jamais démentie. 
 
La démonstration d’Eric Hazan est implacable et difficilement réfutable (ne sont abordés ici que quelques exemples et la théorie servant de fil conducteur au livre, le travail remarquable mené par l'auteur est évidemment moins basique que ces modestes lignes). Ce bain mental dans lequel nous baignons continuellement et auquel nous ne prenons plus garde, par habitude, semble au sortir de LQR une réalité incontournable. Se confronter au JT de TF1 ou à la lecture d’un quotidien à grand tirage après cette lecture, est une expérience plutôt étonnante. Et terriblement déprimante.  

Si l’ordre économique et sociale profondément inhumain qui caractérise notre présent s’est imposé, c'est grâce à un travail de fond, un travail de sape linguistique. Détourner les mots, les dépouiller de leur violence, pour mieux enrégimenter, c'est le principe à l'oeuvre dans la généralisation de la LQR. Ce constat, on peut bien sûr l’étendre à la pub (Cf. François Brune pour qui la pub est la nouvelle idéologie de notre temps, et qui voit dans son omniprésence une forme de totalitarisme consumériste : De l’idéologie, aujourd’hui) et à la grande décérébration contemporaine par le culte de la consommation.
Mais cette langue manipulatrice, déviante, est surtout l’expression achevée du libéralisme ambiant et triomphant. La marque de sa victoire. En phagocytant le discours critique, en le dépouillant de sa substance, le libéralisme s’impose totalement. Et si ce livre est précieux en ces temps de disette critique, c’est qu’il permet de décrypter une réalité (notre langage quotidien) à laquelle nous sommes tellement habitués que nous n'y prenons plus garde. Prendre conscience de ce que cette LQR colporte est vital si l’on souhaite remettre en cause la triste réalité dont elle s’est fait l’alliée. C’est d’abord en observant les déformations sémantiques à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines que l’on peut prendre conscience de la machine à broyer les cerveaux qui nous tient lieu d’environnement. Et qui, du langage, insidieusement, s'étend à tous les domaines de notre quotidien.
 
 
La réalité n'a aucune importance, il n'y a que la perception qui compte.
(Laurent Solly, alors directeur de campagne du candidat Sarkozy, 
2007, cité par Yasmina Reza.)
 

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Editions Raisons d'Agir /// 6 Euros

 
 
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Mardi 28 août 2007

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« L’homme veut voyager, et il faut qu’il le fasse, ou alors il va mourir. »
(Sir Richard F. Burton, Pilgrimage to El-Medinah and Meccah)
  
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Pour l’imprudent s’aventurant, guidé par l’enthousiasme d’une lecture, à faire un compte rendu de la volumineuse biographie de Richard Burton par Fawn Brodie, une question insoluble se pose rapidement : comment condenser en quelques paragraphes une vie qui en contient au moins mille ?
Que mettre en avant ?
Les explorations insensées auxquelles le bougre s’est livré durant la majeure partie de sa vie ? Et si oui, lesquelles ? Sa tentative pour remonter les sources du Nil en compagnie de Speke, qui deviendra ensuite, rivalité entre explorateurs oblige, son meilleur ennemi ? Son intrusion déguisé en pèlerin arabe au cœur de La Mecque, chose alors punie de mort pour un infidèle ? Ses diverses excursions dans les endroits les plus inhospitaliers imaginables, généralement peuplés d’anthropophages affamés, d’animaux féroces et de préférence pullulant de maladies mortelles ?
Ou alors son talent hors pair de traducteur (il fut le premier à livrer une version non expurgée des Milles et une nuits et du Kama Sutra) ? Les avancées scientifiques permises par ce « diable d’homme » dans des sciences aussi diverses que la linguistique (il maîtrisait plus de 40 langues et dialectes), l’ethnologie, la géographie, l’archéologie ou l’anthropologie ? Le regard moderne posé sur des peuplades alors considérées comme des sous-hommes ? Ses talents de poète ? Sa fascination pour l’interdit sexuel sous toutes ses formes (sadomasochisme, castration…) ? Ses perpétuels pieds de nez à la hiérarchie militaire et son incapacité absolue à se conformer aux règles de la « bonne » société britannique ?
On voudrait tout dire mais…
 
L’homme tient autant de Kessel (pour sa volonté de témoigner « parmi les hommes ») que de Bouvier (pour la poésie de ses textes et sa bougeotte maladive), de Chatwin (pour ses plongées répétées dans les sciences balbutiantes de l’anthropologie et de l’ethnologie) que du Mike Horn (le cinglé qui a récemment descendu l’Amazone à la nage, terrassant à mains nues les alligators se mettant en travers de sa route…) pour sa capacité à relever les défis les plus fous (se faire héberger chez les cannibales, explorer l’Afrique centrale dans des conditions démentes alors qu’il est paralysé des jambes, pénétrer dans la Mecque déguisé en pèlerin Arabe, faire éditer le Kama Sutra dans une société britannique méchamment prude…). Une sorte de condensé de tout ce qui fait un grand voyageur. Et un grand conteur.
 
La biographie de Fawn Brodie se lit comme un roman. Entremêlant aspects psychologiques et psychanalytiques (Burton,  est à ce niveau un très bon sujet…) aux récits de voyages déments, il parvient à tracer du personnage un tableau plus que passionnant. Il faut dire que rendre terne une vie telle que celle de Burton aurait relevé de l’exploit…
 
La raison de sa présence sur Zapa ?
Euh… J’avais compté broder sur l’aspect tolérant et précurseur de Sir Burton, taclant le racisme ambiant de la société britannique du 19ème siècle de sa plume furibarde. Mais je n’ai pas le temps de maquiller cette incursion dans des territoires exotiques, début imminent des vendanges oblige. Disons que le livre est la meilleure invitation au voyage qui soit. Et que c’est le dernier livre à avoir réellement passionné votre serviteur. C’est suffisant, non ?
 
 
 

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Editions Phébus /// 13.50 euros

  


Culte à Bacchus oblige, Zapa file patauger dans les vignes et se met en congé pour une dizaine de jours. Jusqu'au 10 septembre, rien de nouveau à attendre sur ces pages.   

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Par lémi - Publié dans : Zapathèque
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Jeudi 16 août 2007

 

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Tout état moderne contraint de défendre son existence contre des populations qui mettent en doute sa légitimité est amené à utiliser à leur encontre les méthodes les plus éprouvées de la mafia historique, et à leur imposer ce choix : terrorisme ou protection de l’état. (Michel Bounan) 

 

 

Michel Bounan fait partie des rares penseurs contemporains à susciter autant notre enthousiasme que notre réserve. Enthousiasme car il mène un très appréciable travail de sape contre tous les monstres froids de notre époque glaciale (société de consommation vampirisatrice, intoxications mentales et corporelles généralisées, lois étatiques castratrices, totalitarismes diffus et rampants…), réserve parce que les conclusions tirées, souvent extrêmes, ne suscitent pas forcément notre adhésion (manque de références, tendance à la généralisation…). Logique du terrorisme présente les mêmes travers.

Les livres de Michel Bounan gratouillent toujours nos sociétés modernes là où ça fait mal. En tirent immanquablement le suc le plus nauséabond, le plus malsain. On pourrait y voir une fascination pour la déchéance généralisée de notre temps, fascination parfois un tantinet dérangeante. On pourrait aussi y voir la marque d’un grand penseur.

Personnellement, on a pas encore réussi à se faire une opinion, on oscille. Reste que dans tous les cas, ses livres ont au moins le mérite de violemment secouer le cocotier de nos confortables certitudes.

 

Dans ce court essai, Bounan s’attaque aux racines du terrorisme, pour lui un des phénomènes les plus marquants et représentatifs du 20ème siècle. Et y voit la manifestation de machinations étatiques remarquablement huilées. Et salement machiavéliques.

 

En premier lieu, Bounan rappelle qu'il existe de nombreuses formes de terrorismes : étatiques (Dresde, Pearl Harbor ou Hiroshima), nationalistes (FLN, IRA, ETA...), combattant un ordre injuste social (anarchistes russe du 19éme siècle, Bande à Baader, Action Directe), religieux (fondamentalistes chrétiens ricains, intégristes musulmans...)…

Puis il entame le travail de sape caractéristique de son approche intellectuelle. Premier pavé dans la mare, celui ayant trait à son postulat de départ : le terrorisme tel qu’il a pris place dans les sociétés du monde moderne est invraisemblable. Invraisemblables ses réussites (au sens d’action menée à terme, pas de répercussions). Invraisemblable l’inefficacité totale de services de renseignements censés les combattre. Invraisemblable enfin l’attitude de médias jouant le jeu des terroriste (le but d’une action terroriste étant la focalisation sur une cause, elle ne peut exister que par une médiatisation d’envergure, ou perd sa raison d’être).

« Telle qu'elle est présentée par les responsables gouvernementaux, par les journalistes, par les policiers et par les terroristes eux même, la guerre menée par le terrorisme contre ses adversaires déclarés est tout à fait invraisemblable. Pour être crédible, cette histoire exigerait triplement et simultanément une excessive stupidité des terroristes, une incompétence extravagante des services policiers spécialisés dans la lutte anti terroriste et une folle irresponsabilité des médias. Cette invraisemblance est telle qu'il est impossible que le terrorisme soit réellement ce qu'il prétend être ».

 

De cette invraisemblance, Bounan tire un constat : le terrorisme, loin d’être une inévitable malédiction du temps présent, serait l’outil privilégié d’Etats ou de pouvoirs divers cherchant à (re)conquérir une légitimité. Les états modernes se comporteraient comme des mafias relookées. Avec un but : se poser en protecteur pour mieux régner, encourager la terreur tout en se posant en seul recours à cette terreur. Simple retour aux vieilles recettes de psychologie élémentaire : faire peur c’est dominer.

Agiter le chiffon du terrorisme, l’encourager de facto, permettrait de mieux enrégimenter des sujets effrayés (deux chiffres révélateurs : en 1995, juste après l’attentat d’Oklahoma City, 58% des américains se déclarent d’accord pour renoncer à certaines libertés afin de faire barrage au terrorisme. Et en septembre 2001, juste après les attentats du 11 septembre, la popularité de Bush passe subitement de 55 à 86% dans les sondages). Raisonnement limpide mais dont on jugerait la systématisation un tantinet paranoïaque si il n’était étayé d’exemples nombreux autant que dérangeants. Zapa choisit ici de n’en aborder que quelques uns, en vrac. Les curieux n’auront qu’à lire le livre.

 

Fin 19ème / début 20ème siècle :

Un des exemples les plus probants d’utilisation du terrorisme par un pouvoir étatique réside dans le cas du très étonnant Yergheï Filipovitch Asev. Chef de la mouvance anarchiste russe, commanditaire de nombreux attentats souvent sanglants (meurtre de plusieurs grands ducs, d’une demi douzaine de gouverneurs, du ministre de l’intérieur, du chef de l’Okhrana…), il se révélera plus tard (ce que confirmera Stolypine, ministre de l’intérieur Russe) comme ayant été depuis le début un zélé auxiliaire de la police. Bounan cite Enzensberger (cf. Zapathèques 1, les rêveurs de l’absolu) parlant du terrorisme russe : « les agents secrets du tsarisme y jouent un tel rôle qu’il est impossible de séparer l’histoire de la révolution de l’histoire de leur provocations ».

 

27 février 1933 :

Hitler vient d’être élu chancelier. L’incendie du Reichstag lui permet de mettre en place rapidement un régime autoritaire et de mettre à sa botte les institutions démocratiques. Il a été prouvé que le militant gauchiste arrêté, n’avait pu agir seul. Que divers foyers d’incendie avaient permis la destruction totale du bâtiment. Et que l’incendiaire décapité avait été secondé, à son insu. Une telle occasion de tordre le cou à l’opposition étant évidemment précieuse...

 

6 décembre1941.

Les japonais attaquent Pearl Harbour. Le lendemain l’opinion américaine jusqu'à alors très défavorable à cette guerre se range en fanfares derrière la décision du commandeur en chef Roosevelt d’entrer dans la guerre.

Pour Bounan, pour les historiens aussi, Pearl Harbour est bourré d’incohérences. D’abord, contrairement aux autres bases américaines dans le pacifique, Pearl Harbour est très mal défendue. Ensuite, les services secrets américains et étrangers semblaient connaître de longue date le lieu d’attaque de l’armée japonaise, le code secret de l’armée japonaise ayant été déchiffré depuis longtemps. Comme pour le 11 septembre, le manque de réactivité (la base n’était même pas en état d’alerte) des responsables américains aux sonnettes d’alarmes tirées en tout lieux (l’ambassadeur américain au Japon ou  l’amiral hollandais Helfrich, entre autres, avaient prévenu Washington de l’attaque) est effarante.

La catastrophe de Pearl Harbour aurait en fait été encouragée par l’entourage du président, soucieux de maintenir une industrie de guerre pléthorique et d’ouvrir à la libération de nouveaux champs d’expansion asiatiques à l’industrie américaine. Bounan mentionne cette réunion tenue le soir de l’attaque par Roosevelt avec quelques gradés, en attendant l’attaque. Et cite l’historien américain John Toland, rapportant les hallucinants propos de Roosevelt à ses affidés galonnés : « messieurs, ceci va au tombeau avec nous ».

4 ans plus tard, les bombardements de Dresde et surtout l’utilisation de l’arme nucléaire contre le Japon se chargeront de rappeler que le terrorisme étatique peut également être le fait de régimes démocratiques modernes. Le but réel d’Hiroshima et Nagasaki par exemple étant plus d’impressionner Staline lors du partage du monde en cours, que de faire plier un empire Japonais déjà largement à genoux.

 

1982 

Trois séparatistes irlandais sont arrêtés en région parisienne, à Vincennes. Dans leur logement, la police française découvre quantité d’armes et d’explosifs destinés à une future opération terroriste.  Quelques années plus tard, un gendarme français avoue avoir déposé de lui même le matériel terroriste, sur ordre venu de très haut. L’affaire sera évidemment rapidement étouffée.

 

Sur sa lancée, Bounan décortique de nombreux autres attentats, recelant tous des parts d’ombre assez étonnantes :

L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en 1914, détonateur de la première guerre mondiale ? Habile manœuvre de l’empire austro-hongrois (laisser agir à leur guise les bouillants nationalistes serbes) pour se débarrasser d’un héritier peu conforme à la tradition impériale tout en obtenant une guerre désirée.

L’attentat meurtrier d’Oklahoma City en 1995 ? La résultante d’une machination gouvernementale dans laquelle l’homme arrêté, Mc Leigh, jouerait le rôle de « l’idiot de service », plusieurs experts du Pentagone ayant semble t’il déclaré absolument invraisemblable que l’explosion provoquée par son camion bourré d’engrais ait suffi à faire de tels dégâts (tout comme l’inventeur de la bombe à neutrons, Samuel Cohen, qui déclara tout de go : « il est absolument impossible qu’un camion rempli d’essence et d’engrais fasse s’effondrer le bâtiment »). Peu après, Clinton promulguait le très liberticide anti terrorism act.

Les mouvances d’extrême gauche des années 1970 tels que Bande à Baader en Allemagne ou Action Directe en France ? Des mouvances infestées par la police et bien utiles pour stigmatiser une opinion alors un peu trop libertaire.

 

L’accumulation des cas est plutôt fascinante. Et le faisceaux de présomption mis à jour par Bounan tentaculaire. Pour lui, ce n'est pas les états qui formentent les attentats. Simplement ces états laissent faire, voire encouragent.

A qui profite le crime ? a des états mafia, avides d'enrégimentement, mettant des citoyens lambda face à une équation des plus simples : le terrorisme, ou nous. Les Etats Unis de Bush en seraient évidemment l'exemple le plus probant : guerre en Irak sur la foi d’un mensonge avéré (la présence en Irak d’armes de destruction massives) pour s'assurer une réélection par forcément gagnée d'avance. Chiffon de Ben Laden agité régulièrement au nez des citoyens pour faire passer des lois liberticides. Attentats du 11 Septembre bourré d’invraisemblances (nullité absolue des services de renseignement ricains, impossibilité à priori pour des pilotes amateurs non guidés par satellites de réussir de telles prouesses aux commandes d’avions de ligne, bailleur de fonds de l’opération – le général pakistanais Ahmoud ahmad – reçu par le directeur de la CIA quelques jours avant les attentats, services de renseignement étrangers s’éreintant en vain à prévenir d’une opération qu’ils ont mis à jour depuis longtemps …). Et autres joyeusetés du même tonneau.

 

A l’arrivée, on ne sait quoi penser. Le raisonnement de Bounan tient largement la route. Et ses exemples sont souvent difficilement réfutables. Mais on connaît aussi l’attrait exercé par la théorie du complot généralisé. Son pouvoir magnétisant sur des cerveaux parfois brillants. On pense ainsi au réseau Voltaire et à son plus  dérangeant/dérangé représentant, Thierry Meyssian clamant sur toutes les chaines de télés que le 11 septembre n’a pas eu lieu et frôlant sous couvert de mise à jour de la vérité un antiaméricanisme primaire doublé d'un antisémitisme latent (L'amérique et Israêl étant désigné comme les deux manipulateurs en chefs).

Si le raisonnement de Bounan est largement d’une autre trempe, on aurait aimé une argumentation plus poussée, des références plus nombreuses, des raccourcis moins nombreux. Quelque chose de plus solide, quoi. La démonstration est brillante, mais il y manque ce qui pourrait en faire un coup de maître. Et atténuer cette sensation de paranoïa latente. "L'hypercritique" de Bounan dérange : à trop vouloir voir du complot, on le crée bien souvent de toute pièce.  

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Reste que si le but était de faire cogiter le lecteur, de porter son attention sur un phénomène occulté, le but est largement atteint. J’en veux pour preuve cette chronique qui, paresse balnéaire aidant, se devait d’être succincte, et pourtant s’étire en longueur sans que votre serviteur ne parvienne à délaisser son électronique plume, tant le sujet le passionne et l’interloque. 

Pour - platement - conclure, lisez ce livre et faites vous votre propre avis. Personnellement, je sais juste qu’au sortir de ce livre, ma vision du terrorisme dans son ensemble, de son poids dans l’histoire à sa logique de fonctionnement, est largement modifiée.   

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L’extraordinaire succès de la mafia historique témoigne que le système bipartite du terrorisme et de la protection est d’une monstrueuse efficacité pour gouverner les hommes selon les exigences d’un pouvoir asservi aux lois économiques. (Michel Bounan)

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Editions Allia / 6,10 euros
 

 

Par lémi - Publié dans : Zapathèque
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Jeudi 9 août 2007


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Vacances aidant, Zapa délaisse un tantinet ses territoires de prédilection. Place donc aux très plaisantes lubies du sieur Adri, à sa fascination pour les envappés moyen-âgeux et à ses divagations pleines de bon sens sur la chrétienté fanatisée en ses heures les plus sanglantes. Montjoie !  
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« Les fanatiques de l’apocalypse », de Norman Cohn, a été édité pour la première fois en 1957. C’est un livre d’une érudition rare, tombé dans l’oubli. Et c'est bien dommage, vu qu'il éclaire lumineusement une période – le Moyen Age – aussi trépidante (tous ces illuminés se trucidant allègrement au nom de Dieu...) que mal connue, et essentielle dans la genèse de nos sociétés contemporaines. Ici, Norman Cohn lève le voile sur un aspect particulièrement méconnu de la période : l'éclosion de mouvements religieux remettant violemment en cause l'hégémonie d'une Eglise catholique romaine alors salement corrompue pour privilégier des doctrines alternatives, bien souvent anarchisantes.
  
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Place aux « millénaristes révolutionnaires et anarchistes mystiques au Moyen-Âge », et oui, c’est le sous-titre et ça balance du gros. En premier lieu, Norman Cohn balaie le postulat cher aux programmes scolaires selon lequel le Moyen-Âge serait l’âge du règne incontesté et sans partage de l’Eglise romaine sur la spiritualité européenne. L’aire géographique comprise entre la France et l’Allemagne et particulièrement le nord de cette zone du XI au XVIème siècle est le cadre de cet essai. A cette époque, la région connaît moult bouleversements autant économiques que démographiques, politiques ou épidémiques. Cela a pour conséquence directe de laisser de larges pans de population livrés à eux-même, en dehors des cadres de la société féodale traditionnelle. Cette dernière présentait les avantages d’offrir la sécurité et les liens sociaux propres à toute communauté vivant en relative autonomie. Dans ce contexte, les seules révoltes sont des « jacqueries » spécifiquement rurales : rébellions contre un seigneur ou un évêque qui prennent leurs aises avec les us et coutumes et oppressent leurs gueux avec un peu trop d’enthousiasme. Tout cela s’achevant évidemment par un mariage et beaucoup d’enfants, pardon, un bain de sang.


« Les fanatiques de l’Apocalypse » traite au contraire des zones urbaines qui regroupent tout ce que la société fabrique comme réprouvés, marginaux et laissés pour compte. En ces temps boueux, la religion est en quelque sorte l’ultime réconfort de ceux qui n’ont rien. L’opium du peuple aurait dit Karl mais qui serait ici plutôt du crack, des méta-amphets, un truc qui nique le cerveau et fait tout partir à veau l’eau de boudin dans le sang et les larmes. Je m’explique : l’ Eglise catholique romaine s’est toujours distinguée par son opportunisme dogmatique en matière de pouvoir temporel autant que spirituel. On peut dire qu’ils n’y allaient pas avec le dos du goupillon, la simonie (trafic de charges ecclésiastiques, de biens spirituels et de reliques) en étant un symptôme avéré. Reste que le peuple assistait à l’insolente et quotidienne baignade des prélats dans le stupre et le luxe (Luxuria et Avaricia). Certains allaient même jusqu’à s’afficher avec leurs maîtresses aux Conciles.


A l’aube de certaines évolutions conjoncturelles et/ou structurelles (« essor démographique, industrialisation, affaiblissement ou disparition des liens sociaux traditionnels, élargissement du fossé entre riches et pauvres ») se créaient des mouvements reprenant à leur compte l’eschatologie chiliastique des juifs, des premiers chrétiens (cf. Songe de Daniel). Ainsi se développaient des révolutions de plus ou moins grande ampleur à caractère anti-clérical, anti-nobles, anti-bourgeois, anti-tout et radicalement nihilistes. Explication des mots compliqués : eschatologie : la fin des temps, l’apocalypse, les « derniers jours » quoi ; chiliastique : le temps venu des enfants heureux et des monstres gentils ou l’avènement sur terre de la Cité de Dieu (un peu maltraitée il est vrai) de Saint Augustin où les « gentils » retrouveraient la paix édénique dans une débauche purement matérielle et alimentaire (de quoi rêver) tandis que les méchants seraient, qui exterminés par l’armée des justes, qui réduits en esclavage pour le prochain millénaire. Un mythe social parfaitement adapté à une populace miséreuse et aigrie.


D’autant que la parousie devait être précédée d’une période de troubles et de catastrophes, que la peste matérialisa parfaitement dans les esprits. Dans la mystique populaire le retour du Christ n’adviendrait que lorsque les méchants et les infidèles seraient passés au fil de l’épée. Les juifs en firent largement les frais pendant toute cette période. Dans un contexte de soulèvement populaire, tous les représentants de l’oppression, le clergé et parfois la noblesse, se matérialisaient en suppôts de Satan dont l’élimination conférait d’office une place au paradis. Ces mouvements se constituaient autour d’un messie autoproclamé contacté personnellement par le Seigneur pour mettre bon ordre dans ce monde pourri. Quelles qu’aient été les aspirations louables du mouvement à sa constitution  (lutte contre l’injustice et la corruption, rétablissement d’une sorte d’Etat de nature non perverti par les grands de ce monde), il se transformaient  en une bande de pillards assoiffés de sang, affamés d’or et persuadés d’agir au nom de Dieu. Ils finissaient pendus, brûlés ou décapités par les tenants de l’ordre au nom du même Dieu.


C’est schématique et ne recouvre pas toutes les réalités décrites dans ce livre mais convient par exemple relativement bien aux premiers mouvements d’Eude de l’Etoile, de Tanchelm ou encore des Pastoureaux. Restent que les croisades populaires et les Tafurs (les seuls à avoir atteint la terre sainte, horde déguenillée appliquant le dénuement le plus strict qui sous les ordres du roi Tafur terrorisaient, massacraient et cannibalisaient les infidèles), ne correspondent pas à ce schéma simpliste. De même que la révolte Taborite en Bohême, précurseur idéologique de l’anarcho-communisme et la Nouvelle Jérusalem de Münster ont une portée infiniment supérieure pour avoir fait trembler l’Europe toute entière. Les frères du libre-esprit ont, eux aussi, une place à part car loin de se considérer comme des élus de Dieu venus préparer son règne, ils se considéraient comme son égal, le seul pêché étant de ne pas répondre au moindre de leurs désirs.

Et puis merde ! Y a encore les flagellants que j’ai pas évoqué ! T’as qu’à le lire ce livre, bougre de fainéant. Bon je vais quand même finir sur la thèse couillue du sieur Cohn, développée en filigrane dans le livre et explicitée à la fin.


Les deux grands courants autoritaires et révolutionnaires de ce défunt vingtième siècle, nazisme et communisme seraient des réminiscences directes de ces révolutions mystiques du moyen-âge. Sans faire l’amalgame entre ces deux régimes (comme de bien entendu), ils possèdent des caractéristiques communes : les conditions socio-économiques de leur apparition, l’avènement prochain d’un âge d’or (la société communiste et le Reich de mille ans), ce dernier passant par l’extermination des « méchants » (taxés qui d’esprit bourgeois, qui de judaïsme). L’hypothèse parait en premier lieu aberrante mais elle est finalement bien développée et plutôt convaincante. Il suffit de jeter un œil sur le « Livre aux cent chapitres », manuscrit écrit par le Révolutionnaire du Haut-Rhin au XVIème siècle. Il représente un agrégat exemplaire des fantasmes populaires de l’époque : l’avènement de l’empereur des derniers jours (réincarnation de Frédéric II) qui mènera la race germanique vers l’état de nature dans lequel elle vivait avant d’être corrompu par l’influence romaine, catholique et juive. Les juifs étant dépeints comme le principal obstacle à la réalisation pleine et entière de l’empire germanique à sa domination sur les autres peuples qui lui sont naturellement inférieurs…


Cependant, j’ai lu une édition des années 60, et il semble que les éditions ultérieures ont délaissé ce point. Ce dernier étant assez bien étayé et ne tentant pas de s’ériger en explication mono causale, c’est dommage. C’est également le seul livre à traiter spécifiquement de ces mouvements. Il permet d’éclairer ce qu’a représenté la Foi pour le petit peuple à cette époque et de souligner la – traditionnelle – métamorphose de mouvements révolutionnaires bien intentionnés en affreuses boucheries.

 

D’autre part, il met en scène une bande de fêlés qui prennent leurs désirs pour des réalités, chargent à un contre mille persuadés de leur invulnérabilité. Pour un athée convaincu comme moi, la Foi a toujours eu un aspect fascinant…


Voilà j’en ai fini avec ce livre dont le seul défaut pourrait-on dire est qu’il est pratiquement introuvable hors bibliothèque universitaire. (pas besoin d’être étudiant pour y aller mais ça coûte plus cher. Monde de merde !)

La paix du Christ, mes frères.


Lactance (IVème siècle après J-C) :

Alors les cieux s’ouvriront ; la tempête fera rage, et le Christ descendra, muni d’une grande puissance et une lueur de feu le précédera, ainsi qu’une cohorte d’anges innombrables ; cette foule de mécréants sera anéantie et le sang coulera à flots…La paix revenue et les maux supprimés, le Roi juste et victorieux soumettra les vivants et les morts à un jugement terrible et Il asservira tous les peuples païens, placés sous le joug des justes survivants ; aux justes trépassés Il accordera la vie éternelle et Il règnera lui-même avec eux sur cette terre et fondera la Cité Sainte. Et ce royaume des justes durera mille ans. […] Alors la pluie descendra sur la terre matin et soir comme une bénédiction, et la terre produira tous ses fruits sans l’aide du labeur humain. Le miel dégouttera en abondance des rochers ; des sources de lait et de vin jailliront.


Adri Lefuneste

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Les Fanatiques de l'Apocalypse

Dernière édition : Payot 1983

 

Dernière minute : si le sieur Adri brille par les mots, il n'en reste pas moins esthétiquement parlant d'une sénilité aberrante. Suite à un conflit concernant les images illustrant cet article, je vous laisse seuls juges, internautes de mon coeur, de ses goûts artistiques délabrés. Voici l'illustration choisie par Adri. N'hésitez pas à vilipender son absolu manque de goût via force commentaires insultants. Salud !


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Par adri - Publié dans : Zapathèque
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Lundi 16 juillet 2007


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allia.jpg Lorsque l’on parle d’édition indépendante de qualité, un nom revient fréquemment, celui d’Allia. Que ce soit dans le domaine de la littérature contemporaine, de la critique sociale ou de l’histoire politique, Gérard Berréby, son fondateur, a construit via Allia un catalogue d’une cohérence et d’une richesse aussi rares que précieuses. Et semble avoir réussi son pari : faire rimer liberté éditoriale et choix de publication ambitieux avec réussite commerciale. A rebours des positions pessimistes habituellement tenues sur l’évolution du monde du livre par ses acteurs – à cet égard, il est intéressant de confronter le discours précédemment tenu par Eric Hazan en ces pages (cf. Zapa Speech #2, part. 1), avec celui du fondateur d’Allia –, Gérard Berréby dresse un tableau de la situation de l'univers éditorial très éloigné de celui qu’on nous dépeint habituellement. A ses yeux, il n’y aurait pas, au sein du monde du livre, de réel problème de structures, plutôt un problème de personnes, de mentalités. Prise de position à milles lieues du catastrophisme ambient que Zapa prend grand plaisir à relayer. 
 
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Quel était votre objectif initial lors de la fondation d’Allia en 1982 ?

En quelques mots, je dirais que ce qui se publiait alors ne me convenait pas et que j’avais la prétention de faire des livres qui allaient convenir à mes désirs, besoins et attirances ; je voulais éditer des ouvrages que je ne trouvais pas sur le marché.

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Cet objectif a-t-il beaucoup changé entre 1982 et aujourd’hui, après environ 400 ouvrages publiés ?

Il s’est élargi au fur et à mesure. Plus je constate qu’il est possible de faire des choses, plus j’en réalise. D’un côté, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une grande différence entre ce que je voulais faire quand j’ai commencé et aujourd’hui. De l’autre, c’est vrai qu’il y a un écart énorme, parce que la pratique est venue se greffer à l’objectif initial. Le catalogue Allia compte désormais quatre cents titres. Ce n’est pas rien.

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J’imagine qu’au début, vous ne vous investissiez pas dans la maison avec la même intensité ?

C’est simple : entre 1982 et 1991, j’ai publié 30 livres. Entre 1991 et 2007, j’en ai publié environ 380, voire 400. Les dix premières années, je publiais un ou deux livres par an, alors que maintenant je publie 25 à 30 livres par an. Ce n’est plus le même univers. 

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Ce n’est donc devenu votre activité principale qu’à partir de 1991 ?

Oui, c’est vers cette époque que j’ai commencé à m’y consacrer complètement. J’ai alors investi les locaux de la rue Charlemagne – on y est toujours – et j’ai commencé à y travailler à plein temps. C’était un véritable changement : je ne pouvais plus me permettre de faire des livres par caprice, par vanité ou par envie de me faire plaisir sur un sujet précis. Je continuais à faire ce que je voulais, avec une totale liberté de choix, mais dans un contexte beaucoup plus professionnalisé.

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Avec l’arrivée d’une obligation de résultat ?

Oui, par définition. L’obligation de résultat est le gage de ma liberté de choix. Désormais, je suis obligé de vendre mes livres. Pourtant, avant de faire un choix, je ne me demande pas si le projet va marcher ou pas. Je décide de le publier parce que je pense qu’il faut le faire. Par contre, c’est dans l’après publication que je me donne les moyens de construire le potentiel commercial d’un ouvrage, de lui donner une vie publique et de faire en sorte qu’il se vende.

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Vous n’avez jamais publié un livre pour le seul motif de sa rentabilité ?

Jamais. J’ai toujours publié des livres parce que je les avais choisis. Quand je sors un livre, je ne me demande pas « Combien d’exemplaires dois-je en vendre pour atteindre un seuil de rentabilité ? » Ce genre de questions existe, bien sûr, mais elles n’ont à mes yeux lieu d’être qu’une fois le choix initial fait.

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Vous avez souvent déclaré que le problème de la plupart des éditeurs indépendants se situait plutôt dans ce moment « après le choix », dans cette incapacité à gérer la sortie d’un livre. C’est un discours qu’on entend rarement.

Si je détonne dans le paysage éditorial français, c’est parce que ce milieu-là associe bien souvent la culture avec le culte de la martyrologie. Personnellement, cet état d’esprit est très mauvais pour ma santé physique et mentale. Par convenance personnelle, je ne m’y retrouve pas du tout. Ce n’est pas parce qu’on est dans la culture, dans le livre ou la littérature, que l’on est obligatoirement dans une misère noire parce que les gens ne s’y intéressent pas. Si on suit le discours de ces gens, nous serions doués, intelligents, cultivés, alors que le public serait composé d’ignares qui ne s’intéresseraient qu’à la télévision, à la Star-Academy ou je ne sais quelle connerie…


Il faut également dire que beaucoup de gens dans ce milieu – pas seulement dans l’édition d’ailleurs – sont restés scotchés à leur propre génération. C’est un vrai problème. Par exemple, quand je publie le premier roman d’Alizé Meurisse (Pâle sang bleu, ouvrage publié en août 2007), je constate qu’un certain nombre de gens d’une quarantaine d’années n’accrochent pas vraiment. Ils n’arrivent pas à se faire à l’idée qu’il y a une génération qui est arrivée après la leur et qui a une approche différente. En revanche, les gens d’une vingtaine d’années qui lisent ce roman ont l’air de s’y retrouver.


Les vieilles générations analysent la société dans laquelle nous vivons avec des points de vue arrêtés à un moment dit générationnel. Personnellement, j’ai le sentiment d’avoir cette capacité d’aller dans un sens puis dans l’autre, de ne pas me cantonner à ma propre génération, les années 1960-70.

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Sous peine de vous engluer dans une pensée uniforme ?

Exactement. Imaginez que j’écoute en boucle depuis 40 ans une chanson des Rolling Stones ou de Bob Dylan datant de la fin des années 1970, ce serait catastrophique. Il m’arrive évidemment d’en écouter mais, heureusement pour moi, je n’écoute pas que cela. Si vous prenez cet exemple et que vous l’élargissez à d’autres domaines, vous comprendrez un peu mieux ce que je veux dire.


Vous m’avez cité d’autres éditeurs indépendants (La Fabrique, Agone, Raisons d’Agir etc., tous clairement marqués à gauche et se réclamant d’une approche engagée de l’édition) auprès desquels je passe pour un self-made man, libéral-moderne et peut-être même sarkozyste. Ca me fait mourir de rire. On m’en veut de remuer le couteau dans la plaie en affirmant qu’un éditeur qui publie un livre a la responsabilité de la vie de ce livre. Par exemple, il a une responsabilité morale envers un auteur mort il y a trois siècles auquel personne n’a demandé l’autorisation de rééditer un de ses ouvrages. De même, je suis convaincu qu’il a également une responsabilité morale envers un auteur contemporain. Ceci dit, ce n’est pas parce que j’ai conscience de cette responsabilité morale que tous mes livres rencontrent un succès.

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Dans certains domaines, il semble pourtant difficile d’éviter l’uniformisation des analyses.

Bien sûr. Mais, pour se défaire des microcosmes de l’édition et de la littérature, en grande partie parisiens, il suffit de se retourner, de trouver autre chose. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une uniformité dans la critique de ce monde par Michel Bounan – un auteur publié par Allia. Au contraire, il y a un point de vue qui détonne par rapport à tout ce qu’on peut lire ailleurs.

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Oui, mais il n’y a pas beaucoup de retour médiatique sur Michel Bounan, non ?

C’est un pestiféré dans les médias ! Mais lui-même refuse absolument de se prêter à ce jeu-là ! Par contre, il a des lecteurs. La Folle Histoire du monde s’est quand même vendu à 3 000 exemplaires. Ses livres trouvent un public malgré tout.


Je n’adhère pas du tout aux discours catastrophistes sur l’édition. Quand on tient un discours de ce type, on a généralement en ligne de mire les générations qui viennent. Alors que ces nouvelles générations sont le sel d’une société, celles qui s’intéressent, qui captent plus vite que les autres, qui comprennent. Elles constituent la sensibilité très vive d’une époque. Et quand j’entends ce discours catastrophiste sur les sciences sociales, sur le livre, sur tout ce qui va mal, je préfère en rire. Je m’en sens tellement loin…

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Mais même si vous êtes à l’écart de ça, ce constat « catastrophiste » comporte quand même une grande part de réalité, non ?

Bien sûr, c’est évident. Mais de quoi s’étonne-t-on ? On place des businessmen et des financiers à la tête des entreprises tout en affirmant vouloir conserver une totale liberté sur le choix des publications. C’est absurde. Quand j’ai publié Michel Bounan, il m’a fallu dix ans pour imposer son premier livre. Au début, les ventes de ses livres étaient quasi inexistantes. Mais j’ai continué à le défendre parce que je pensais que c’était un vrai auteur, avec une vraie pensée. Je n’ai pas tenu de discours à ce sujet, j’ai juste attendu qu’on sorte du tunnel. 


Le discours catastrophiste fonctionne de pair avec celui qui consiste à affirmer que les nouvelles générations ne s’intéressent pas à ces sujets. C’est une erreur fondamentale. Je pense que le problème vient avant tout des gens mêmes qui forment le marché du livre. A partir du moment où l’on veut critiquer et s’interroger sur les dysfonctionnements du système éditorial, il faut commencer par critiquer les acteurs eux-mêmes, à commencer par les éditeurs. Ma capacité de jugement ne prime pas sur celle des autres, mais il faut se rendre à l’évidence : quand un livre est mauvais, il est mauvais. Je m’étonne souvent de retrouver sur le marché des livres qui m’ont été soumis, que j’ai lus, considérés et refusés. Une fois encore, il faut se méfier de l’effet pernicieux du microcosme littéraire qui souvent fonctionne davantage par renvois d’ascenseur et paresse mondaine que par conviction littéraire absolue. Si personne ne parle d’un livre à sa sortie, si il ne se vend pas et finit dans les bacs de solde ou au pilon, c’est peut-être qu’il n’ait pas été bien choisi ni bien travaillé avant sa parution.


Ce n’est pas que je sois le seul à faire de bons livres, mais j’ai l’impression qu’il n’y a qu’ici qu’existent cette cohérence et cette rigueur permanentes à tous points de vue. Il y a de très bons livres publiés partout. Il y a aussi de très bons éditeurs partout. Mais ce sont, pour la plupart, des éditeurs salariés. Et un éditeur salarié doit toujours trouver des équilibres internes et externes. Sa décision, en dernière instance, ne provient pas de l’appréciation réelle d’un texte. Moi, je n’ai de comptes à rendre qu’à moi-même. Évidemment, comme dans toute aventure humaine, celle-ci est aussi composée d’erreurs. Mais je les assume. Et je revendique complètement l’indépendance de mes choix. Je défends tous les livres que je publie.

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Parmi les éditeurs indépendants contemporains, peu semblent trouver grâce à vos yeux. En remontant à des époques antérieures, y-a-t-il des éditeurs qui vous ont marqué ? Jérôme Lindon, François Maspero, Jean-Jacques Pauvert ?

Pourquoi vouloir toujours esquisser une filiation ou nommer le modèle duquel on s’inspire ? La réalité réside dans ce que nous faisons aujourd’hui même, ici et maintenant. Aux éditions Allia, une certaine énergie traverse l’activité au quotidien, comme dans un groupe de rock. Il y a une pulsion qui se dégage de ce que l’on fait, qui émane de la conjonction de personnes très différentes. On ne sait pas pourquoi elles sont là mais on constate que ces personnes forment un groupe. Les auteurs, les collaborateurs, les gens, vont, viennent, etc. Et les choses se font dans cette dynamique, cette énergie. Comme dans un groupe de rock. Or, avez-vous déjà vu un groupe de rock affirmer qu’il aime un autre groupe de rock ? C’est peu fréquent. Pour revenir à votre question, il n’y a aucun éditeur dont je surveille particulièrement la production. Il y a des auteurs que j’aime bien et dont j’ai plaisir à suivre l’évolution. Mais je le fais en tant que lecteur et non en tant qu’éditeur qui ambitionnerait de les convoiter.

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J’imagine que vous n’aimez pas cette manière qu’ont beaucoup d’éditeurs contemporains de démarcher les auteurs d’autres éditeurs ?

Quand on a la prétention de faire quelque chose, il y a une façon de faire. Si votre projet se veut différent de ce qui se fait, il faut que sa conception diffère des pratiques d’autres éditeurs. Pourquoi convenir d’un projet avec quelqu’un – c’est tellement facile de sympathiser, d’aller boire un verre, puis de planifier un bouquin – qui le fait déjà, à l’identique, ailleurs ?

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Vous tenez à rester à l’écart du microcosme de l’édition et de son fonctionnement en vase clos ?

Les pratiques corporatistes sont toujours sclérosantes et engendrent forcément la répétition. Par exemple, on dit qu’il n’existe en France que deux ou trois imprimeurs à la hauteur. Personnellement, je fais imprimer mes livres en Italie et il se peut que demain je choisisse une imprimerie à Prague ou en Belgique si les conditions m’y sont plus favorables.


Quand quelqu’un monte une maison d’édition, c’est toujours le même refrain : il s’installe dans le quartier où il y a déjà des éditeurs, il imprime là où tous les éditeurs font imprimer leurs livres, etc. Ca ne rime à rien. Mes obligations sont les mêmes que celles des autres éditeurs – j’achète du papier, j’imprime des livres, je paye, je transporte, j’ai un distributeur, etc –, mais je n’ai pas envie de fonctionner avec les mêmes conseillers fiscaux, les mêmes conseillers juridiques, les mêmes avocats – ce que l’on a bien vu dans l’affaire des Miscellanées*.


L’édition en France, c’est une coterie, une corporation, avec ses cafés et ses restaurants. En se côtoyant les uns les autres, on finit forcément par se ressembler à un moment ou à un autre. A mes yeux, il vaut mieux inventer un style, un genre. Surtout quand vous avez la prétention, comme Allia, de faire des choses différentes et de lancer des auteurs inédits. Pour créer la nouveauté, il vaut mieux trouver un style nouveau.

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La plupart des titres que vous avez publiés s’attaquent à l’ordre des choses : les dadaïstes, les situationnistes et les lettristes, les punks et les rappeurs, les anarchistes russes, Chomsky, les toxicomanes, Marx… Est-ce né d’une fascination pour les gens qui remettent violemment en question la société, ou bien est-ce une façon de s’engager ?

Je pense que les deux – passion et engagement – ne s’opposent pas, j’ai toujours cherché à les concilier. A toutes les époques, il y a des gens en marge qui sont dans le même temps les forces vives d’une société. Mais ces gens ne peuvent pas aller au- delà parce que l’époque ne le leur permet pas. Leur œuvre trouve finalement un écho dans l’époque suivante, ou dans celle d’après. Le catalogue d’Allia remonte à l’Antiquité car le but est d’exhumer, de découvrir, de montrer, ceci sur toutes les époques. Et on s’aperçoit qu’il y a toujours un fil conducteur de l’Esprit qui, en quelque sorte, vient d’ailleurs. Des gens qui ne vont pas dans le café où tout le monde va. Ce sont ces gens-là qui m’intéressent.

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En quelque sorte, vous vous intéressez au premier élan, davantage qu’à ce qui suit ?

Oui, toujours, dans tous les domaines. Pour en revenir à ce que vous disiez tout à l’heure, je pense que la critique doit venir des acteurs : c’est eux qui font le choix des livres. Ils vous répondront qu’ils n’ont pas le choix, qu’ils doivent donner des gages de résultat à leurs patrons. Je trouve cette défense malhonnête. Vous, par exemple, si vous vous retrouvez au chômage, vous n’allez pas pour autant devenir flic. Evidemment, vous serez dans la merde, parce qu’il vous faudra payer le loyer, les clopes, etc. Malgré tout, je suis sûr qu’il y a des boulots que vous ne feriez pour rien au monde. C’est la même chose pour moi. Je publie des livres en ayant la conviction qu’il existe des esprits de qualité, des gens intéressants pour les lire. Car le public intelligent sent, trouve, s’intéresse, explore, existe.

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Vous semblez réfuter ce que beaucoup de gens voient comme une crise intellectuelle généralisée. Pourtant, dans certains domaines, le problème semble avéré. Prenez le cas du journalisme politique, sa collusion avec le pouvoir qu’a très bien montré Serge Halimi dans Les Nouveaux chiens de garde (Raisons d’agir, 1997), vous pensez vraiment qu’il n’y a pas de crise ?

Pour moi, ce livre d’Halimi est catastrophiste, il n’est pas constructif. Le cœur du problème se trouve ailleurs, dans les pratiques de la profession. Et il en va de même pour les éditeurs et les journalistes politiques. C’est au moment où le journaliste écrit son billet que, trop souvent, il s’autocensure, retient ce qu’il veut dire. Car il sait ce qu’il peut se permettre d’écrire ou pas. Il sait comment il va pouvoir « vendre » – l’expression est révélatrice – son article au rédacteur en chef, en ne disant pas certaines choses. Il n’y a pas de comité de lecture qui censure les journaux. Il y a juste des journalistes qui savent ce qu’ils doivent dire et ce qu’ils ne doivent pas dire.

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Vous semblez prendre un malin plaisir à ne pas tomber dans les pratiques habituelles du monde de l’édition, à réfuter la logique des réseaux.

Je ne veux pas forcément me positionner comme étant fondamentalement différent. Mais il y a beaucoup de gens qui sont convaincus qu’il faut forcément passer par un réseau de relations pour être publié, c’est une aberration. La majorité de ce qui est publié chez Allia vient d’ici (désignant du doigt les impressionnantes piles de manuscrit encombrant son bureau). Pour moi, c’est très important de le dire car je pense que cette manière de faire peut assainir un peu la situation. On publie beaucoup de manuscrits reçus au courrier. Nous ne sommes pas les seuls, Gallimard aussi le fait beaucoup. Mais la plupart des éditeurs se plaignent du nombre de manuscrits reçus par la poste. S’ils pensent en recevoir trop, il faut qu’ils changent de boulot ! 

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Vous êtes dans une situation particulière, une position de force. Votre exemple n’est pas forcément transposable à beaucoup de gens.

Si je me tiens hors de ce milieu, c’est par convenance personnelle, parce que j’aime bien aller voir ailleurs. Par exemple, mes potes ne viennent pas de ce milieu-là. Et j’ai effectivement l’avantage de pouvoir dire merde. Mais je n’ai jamais cherché à être un exemple. En revanche, j’aimerais qu’il y ait davantage de gens qui ne partent pas vaincus d’avance. L’omniprésence des discours catastrophistes a débouché sur la généralisation d’un pessimisme improductif. Ce n’est pas normal. Le plus scandaleux ne réside pas dans toutes ces saloperies dont on parle mais plutôt dans le fait qu’on soit si peu nombreux à les braver. Vous semblez me donner une position à part mais, ce qui me distingue, c’est la rareté de la chose. S’il y avait plus de gens qui faisaient des choses dans mon genre, la valeur de mon activité serait beaucoup moins élevée.

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Est-ce que vous vous considérez comme un éditeur engagé ?

Forcément. A travers des choix de publication stratégiques. Par exemple, n’oubliez pas que quand j’ai publié le premier livre de Michel Bounan en 1991, Le Temps du sida, l’ouvrage avait déjà été refusé par une quinzaine d’éditeurs. Michel Bounan tenait un discours sur le sida qui ne plaisait pas, il a été traité de charlatan**. En France, si tu affirmes être engagé, on te demande tout de suite : « T’es de droite ou t’es de gauche ? » Ca n’a aucun sens. Ce débat est caduc parce que ce sont des notions qui n’existent pas à mes yeux. 

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Pour moi l’éditeur engagé est bien souvent celui qui se refuse à publier ce qu’on attend de lui. Est-ce que vous cherchez à prendre les gens à rebrousse-poil ?

Je pense qu’il ne faut pas servir au lecteur ce qu’il attend. Notre rôle n’est pas de lui faciliter la vie. Je trouve très sain de ne pas se contenter des positions qu’on occupe. Il faut faire soi-même la guerre à ses propres acquis.

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De là votre irruption dans la littérature contemporaine il y a une dizaine d’années et le fait que vous posiez comme règle en ce domaine de ne jamais publier d’auteurs déjà publiés ailleurs ?

Fondamentalement. Ça ne m’intéresse pas sinon. Le propre d’une maison d’édition comme Allia, c’est de faire découvrir des choses. C’est grâce à cet état d’esprit que nous en sommes arrivés là. Au final, on jouit auprès du public d’un capital crédit qui vaut des milliards de dollars en termes de communication. En librairie, les lecteurs nous font souvent confiance sur la seule foi de notre nom, c’est très précieux.

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Comment arrivez-vous à ne pas décevoir les lecteurs ?

Je ne connais pas véritablement le public. J’observe les gens qui viennent dans les locaux ou qui viennent nous voir au Salon du livre et, à partir de là, je me fais une idée des lecteurs qu’on fédère autour de nous. Mais mes choix proviennent avant tout de convictions littéraires personnelles et ne sont pas motivés par le désir de satisfaire un lectorat donné.

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Et ces convictions se révèlent justes en général ?

Je pense que oui. Vous savez, je suis amené à prendre beaucoup de décisions. Mais je n’ai jamais la totalité des éléments entre les mains. De la place que j’occupe je peux généralement interférer sur 30 à 40% des éléments. Le reste est de l’intuition. Dans le même temps, je fais le maximum pour connaître tout ce qui peut m’aider à influer positivement sur la vie d’un livre. Il y a un moment où il faut que la mayonnaise prenne, un moment exact où il faut fouetter. Et quand ce moment me semble là, je prends des risques et je fais confiance à mon intuition. Les gens qui veulent être en possession de tous les éléments pour prendre une décision n’aboutissent qu’à un état de paralysie. Il est très rare d’avoir tous les paramètres entre les mains. Il faut prendre des risques, comme dans la vie de tous les jours. Quand vous êtes amoureux, il y a toujours un moment où vous ne savez pas si vous allez vous faire jeter ou pas. Prendre le risque de se déclarer et espérer tomber juste tient à une question de feeling, d’intuition. 

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Est-ce que vous pensez que « grandir c’est mourir » ?

Je tiens à conserver la maîtrise de ce que je fais. Aujourd’hui, je suis capable d’être « tout-terrain », c’est-à-dire de parler en connaissance de cause de tous les livres que je publie. Si je publiais plus de titres, je ne pourrais plus. Je n’ai aucune envie de prendre un directeur de collection auquel je déléguerais dix livres par an. Arriverait forcément un jour où l’on m’interrogerait sur un livre et où je répondrais : « Je ne peux pas vous répondre, c’est Untel qui s’en occupe. » Pour l’instant, j’assume tous mes livres. On peut me taper sur l’épaule dans la rue ou m’attaquer sur un livre publié par Allia, et je réponds, j’ai les arguments, je sais de quoi je parle.


C’est aussi une question de choix économique. Cela va passer pour une provocation, mais je pense qu’au sein de notre système capitaliste hyper-concentré où tout le monde rachète tout le monde, l’avenir appartient aux petites structures informelles, nerveuses, des espèces de brigades légères qui apportent un sang neuf, sans capitaux particuliers ni relations, sans budgets de communication ni équipes de marketing, sans lourdeurs ni salaires importants.

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Est-ce que les grands groupes ne l’ont pas un peu compris ?

Ils en donnent seulement l’impression. Leur façon de procéder consiste à racheter les maisons en difficulté et, une fois rachetées, à les vider de leur substance. Car le rachat est toujours suivi d’une démarche incestueuse. Les droits pour les livres de poche sont cédés aux collections de poches des maisons appartenant au même groupe. La distribution se fait par la maison de distribution qui appartient au groupe. Ils multiplient les petits profits de ce genre. Personnellement, quand je vends les droits d’un livre de poche, je n’ai aucune politique systématique. Je traite les dossiers au cas par cas. Il m’arrive souvent de refuser des propositions d’achats de droits. Je garde cette liberté.

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Face à un monde de l’édition de plus en plus concentré, ceux qui arriveront à rester indépendants et à savoir en profiter, seront finalement dans une position enviable ?

Une position de force, c’est certain. Regardez, j’ai publié Les Miscellanées***. Or dans le paysage éditorial actuel, ce n’est théoriquement pas normal qu’une petite maison fasse l’acquisition des droits d’un tel ouvrage. Quand j’ai rencontré le directeur de Bloomsbury, il m’a dit avoir proposé les Miscellanées à tous les éditeurs en leur disant qu’il avait été vendu à plus de 500 000 exemplaires en Angleterre et ils n’en ont pas voulu. Ils l’ont proposé en premier lieu aux éditeurs spécialisés dans la publication de best-sellers. Et tous ont eu la même réaction : « c’est trop british ». Quand je vous dis qu’on peut agir différemment, ça implique d’agir avec des formes nouvelles. Le style fait l’homme.


J’ai fait une proposition ridicule à Bloomsbury – qui est une multinationale par rapport à Allia – pour ce livre qui s’est vendu à 700 000 exemplaires en Angleterre. Et je me suis même offert le luxe de proposer de refaire certains passages du livre que je jugeais trop anglais. Par exemple, le passage sur l’argot des public schools. Ils ont accepté, sous réserve qu’on soumette nos propositions à l’auteur. Et Ben Schott, l’auteur, a accepté tout ce que Boris Donné, notre traducteur, lui a proposé.


Au final, on a fait un livre qu’on a acheté pour trois fois rien par rapport à sa valeur sur le marché, pour lequel on n’a fait aucune campagne de marketing, pour lequel je n’ai pas acheté un cm2 de publicité dans la presse, à la radio ou à la télévision, et pour lequel je n’ai même pas prévu de présentoirs spéciaux pour les librairies. Et puis le livre est arrivé en librairie, la presse s’en est emparée, on a réimprimé, réimprimé, jusqu’à vendre 225 000 exemplaires.

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Donc, en étant efficace, on peut profiter des avantages d’une structure légère pour publier ce genre de succès ?

Je le crois. Cela va aussi de pair avec notre politique qui consiste à faire collaborer de jeunes débutants à notre maison. Beaucoup de traducteurs commencent ici. Certains d’entre eux sont des stagiaires à qui je fais faire un essai. Comme ce ne sont pas des traducteurs professionnels, je les sous-paye par rapport au prix de marché : 20, 30, 35% moins cher. Cela fait jaser certains, mais on retravaille leurs traductions avec eux pour les aider à améliorer la copie. Ils font trois ou quatre livres avec nous et ils sont alors assez grands pour voler de leurs propres ailes. Tous mes collaborateurs extérieurs sont d’anciens stagiaires dont j’ai su repérer les aptitudes.

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Là aussi vous avez une approche plutôt singulière.

Tout à fait. Lorsque vous cherchez du travail, on vous dit souvent : « vous n’avez pas d’expérience ». Ce n’est pas logique. Quand on commence à travailler, il est normal de ne pas avoir d’expérience. C’est le serpent qui se mord la queue. Ici, on ne fonctionne pas comme ça. En marge d’un livre d’entretiens avec le peintre Ralph Rumney, Le Consul, j’ai placé une citation de Giambattista Vico que je trouve très juste : « Pour faire des choses nouvelles, il faut adopter des méthodes nouvelles ». Cela correspond à ce que je suis en train de vous dire. Il y a plein de jeunes gens ambitieux et doués qui se retrouvent plombés par un discours stupide tel que : « Arrête, ce n’est pas comme ça qu’on fait. » Alors que non, au contraire, c’est la meilleure manière de fonctionner ! Il faut aller a contrario de tout ce que vous avez vu jusqu’à présent, bille en tête. Si vous avez le désir de faire quelque chose de personnel, c’est parce que ce que vous voyez ne vous satisfait pas. C’est pour cette raison que les gens font des choses différemment. Il ne faut pas essayer de ressembler aux grands. 

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Pour en revenir à l’édition indépendante, j’imagine qu’un certain discours tenu contre les nouvelles technologies, l’édition numérique, etc., ne vous convient pas du tout ? 

Rejeter les nouvelles technologies revient à se couper de toute une base de développement. Je ne dis pas qu’il faut obligatoirement s’intéresser à Internet pour être en phase avec son époque. Mais quand on critique une chose, il faut avoir la subtilité de la comprendre. C’est un fâcheux défaut que de se braquer contre ce qui est nouveau, inconnu, sous le faux prétexte de préserver une certaine image, erronée d’ailleurs, du monde littéraire. Personnellement, je suis pour l’essor de nouveaux modes d’expression s’ils sont fondés. 

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Vous êtes très critiques envers le rôle de structures comme le CNL. Pourtant, les subventions du CNL permettent à certains éditeurs de sortir des livres très importants. Par exemple, Agone et l’historien américain Howard Zinn.

Tant mieux pour eux. J’aime beaucoup ce livre de Zinn sur l’histoire des Etats-Unis (Une Histoire populaire des Etats-Unis). Mais, personnellement, je n’ai pas besoin du CNL pour publier la correspondance de Leopardi qui fait 2 500 pages. Et je sais d’avance qu’elle ne se vendra pas aussi bien que le Zibaldone ****. En même temps, personne ne pensait qu’on vendrait autant d’exemplaires du Zibaldone, 5 700 je crois. Je suis très content, voire fier, de publier cette correspondance sans l’aide du CNL. Parce qu’ici, chez Allia, c’est le régime du pain sec. Nous devons nous battre pour obtenir de la presse. Si je peux payer les salaires uniquement parce que j’ai obtenu 10 000 ou 20 000 euros du CNL, sans que le livre se soit vendu, ça ne fait pas avancer les choses, ça n’est pas une situation saine. Ne pas dépendre d’aides extérieures crée une mentalité de gens combatifs. Vous le voyez vous-même : ici, c’est très détendu, mais il y a également une grande tension dans le travail. Je ne veux pas créer une bulle CNLisée qui nous tienne à l’abri de tout. On serait à côté de la plaque car on ne ferait plus l’effort de comprendre ce qu’il y a dans les manuscrits, de comprendre la préoccupation des gens.

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Vous refusez donc toute forme d’assistanat ?

Oui, je n’aime pas du tout ça. A titre personnel, je n’ai pas du tout ce genre de tempérament. La « gratte », tout ça, ça ne me ressemble pas. 

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Pourtant, Allia a fait quelques livres avec le CNL, non ?

Oui, j’ai obtenu deux ou trois aides du CNL, il y a quelques temps. Mais je suis loin d’y être abonné. Je ne sais plus quel est le chiffre exact de la somme que j’ai alors touchée. De même, je vous répondrais très approximativement au sujet du prix de revient d’un livre car je ne veux pas que mon esprit soit perverti par ça. Quand je vois un texte qui m’excite, je préfère être guidé par autre chose qu’un calcul financier. Par un procédé un peu inconscient de ma mémoire, j’évacue ces considérations. D’ailleurs, je trouve que ça me réussit plutôt bien : les décisions éditoriales prises ne sont jamais plombées par l’aspect uniquement financier des choses.

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Finalement, vous êtes beaucoup plus dans une logique de résistance culturelle, que d’engagement politique explicite ?

Oui. La forme explicitement engagée ne convient plus du tout : l’engagement collectif traditionnel, dans un parti politique par exemple, est devenu complètement caduque. L’engagement n’est plus crédible qu’à travers une démarche individuelle, et quand elle est sporadiquement collective (une association, une manifestation), elle est vouée à se dégonfler comme une baudruche dès l’action terminée. D’ailleurs, j’ai l’impression d’être plus en phase avec les formes de résistance de notre époque qu’avec celles que j’ai connues quand j’étais plus jeune, quand il y avait un sens réel à l’opposition politique et qu’elle influait sur le cours des choses, sur les décisions politiques.


Je crois précisément que l’engagement des éditeurs dont vous m’avez parlé plus tôt reste rattaché à une forme d’antagonisme passé qui, à mes yeux, n’a plus cours aujourd’hui. Pour moi, les notions de droite et de gauche sont complètement explosées, n’ont plus aucun sens. Quand je vois des représentants du PS et qu’on me dit qu’ils représentent la gauche, je trouve ça à mourir de rire. Ils contournent le FISC, ils montent des sociétés civiles immobilières entre eux pour payer moins d’impôts, ils s’écharpent autour du pouvoir. D’ailleurs, ces positions ne doivent pas être si désagréables pour qu’ils continuent à s’accrocher à leurs postes contre vents et marées et contre toute dignité. Il y a forcément un intérêt, sinon ils ne s’ingénieraient pas à nier toutes les accusations les plus vraisemblables.


Au final, j’ai besoin de m’éloigner à tout prix d’une certaine pratique qui est restée figée dans d’anciennes méthodes de pensées. Je me sens beaucoup plus proche de vous, d’une aspiration politique commune avec vous, alors que j’ai l’âge de vos parents. Autrement je ne peux pas, j’étouffe, j’ai besoin de revenir aux éditions Allia pour prendre ma respiration. Au moins ici, il y a un peu plus de liberté. Je suis fatigué par cette morale omniprésente dans le discours de tant de personnes. C’est quelque chose qu’il me faut impérativement fuir, avec fracas. Imaginez, vous vivez avec une femme qui vous étouffe. Et, un jour, comme Zorro, vous empoignez un lustre et vous vous envolez par la fenêtre en cassant la vitre.

 
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* Allia vient de gagner un procès contre un éditeur, City, ayant plagié un livre dont la maison possédait les droits, Les Miscellanées culinaires, de Ben Schott, à paraître en ocotbre 2007. Pour ce procès, Gérard Berreby a tenu à ne pas faire appel à un avocat spécialisé dans ce genre d’affaires.
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** Dans ce livre qui fit fortement polémique, Michel Bounan traitait le Sida comme un syndrome d’immuno-dépression, lié aux ravages de la modernité capitaliste sur le corps humain. Les accusations de « charlatanisme » avaient essentiellement trait à quelques pages de l’ouvrage où l’auteur évoquait l’efficacité, dans certains cas, d’un traitement homéopathique. 
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*** Ouvrage de Ben Schott ayant eu un succès très important en Angleterre et dont Allia a racheté les droits pour une somme très modique. Le livre est en passe de dépasser les 200 000 ventes.
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**** Livre monumental du philosophe et poète italien du 19ème siècle, Giacomo Leopardi.

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Par lémi - Publié dans : Zapa speech
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Mardi 10 juillet 2007



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« la désobéissance civile (...) n'(est) pas un problème, quoi qu'en disent ceux qui prétendent qu'elle menace l'ordre social et conduit droit à l'anarchie. Le vrai danger, c'est l'obéissance civile, la soumission de la conscience individuelle à l'autorité gouvernementale. » Howard Zinn.
  
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L’impossible neutralité est l’autobiographie de l’historien et militant américain Howard Zinn. Le récit d’une vie exemplaire consacrée à lutter contre les dérives à répétition d’Oncle Sam, ses relents racistes et ses velléités meurtrières d'impérialisme.
De ses premiers pas en politique au début des années 1940 lorsqu’il était ouvrier dans un chantier naval à sa participation active au mouvement pour les droits civiques des populations noires, en passant par ses engagements récents contre la guerre du Vietnam ou l’invasion de l’Irak, Zinn n’a cessé de prendre position contre ce qui choquait son sens très aigu de la justice et de l’humanité.
Plus qu’un récit de vie, ce qu’Howard Zinn donne à lire est le manifeste parfait de l’intellectuel engagé. Comme son ami Noam Chomsky, ou comme le regretté Pierre Bourdieu, Zinn est en effet un des derniers intellectuels de renom à continuer à pratiquer sa discipline comme un militant, à l’envisager comme un « sport de combat ». 
Avec un postulat de départ récurrent : ceux qui écrivent l’histoire, les « petits » (syndicalistes, citoyens révoltés, grévistes, soldats etc.) sont toujours effacés des tablettes de l’histoire. Zinn se propose de leur redonner la place qu’ils méritent, à rebours de l’histoire officielle. C’est le point de départ de son ouvrage phare, best seller inattendu aux Etats-Unis : Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours*, gigantesque travail de tronçonnage de l’histoire officielle, de remise en cause du savoir aussi figé qu’erroné distillé par les manuels scolaires et les universitaires. 
C’est aussi le fil directeur d’une existence consacrée à s’engager aux côtés des malmenés et oubliés de l’histoire. 
 
Toute sa vie, howard Zinn a été exemplaire. En tout. Pas de flirt avec l’outrance rhétorique, d’appels inconsidérés à la violence. Juste une vie consacrée à se battre contre ce qui le révulsait : ségrégation raciale, guerres impérialistes, abus étatiques, distorsions historiques…
Loin, très loin, des récits hypertrophiés de révoltes adolescentes et égocentriques.
Howard Zinn n’a pas fait son mai 68 adolescent avant de se ranger des voitures. Il n’a pas viré casaque dès que les médias s’attardaient sur lui. N’a pas hurlé avec les loups. Il a simplement consacré sa vie à se battre pour faire entendre d’autres voix. Et si Oncle Sam en prend pour son grade, ce n’est pas via des envolées haineuses et stériles, mais par les récit pondéré et argumenté de quelqu’un qui n’a jamais cessé de s’insurger contre ses injustices.
 
Comme d'autres textes essentiels l'ayant précédé – certains livres d’Orwell ou de Koestler, ceux de Traven aussi –, l’autobiographie d’Howard Zinn rappelle qu’engagement ne rime pas forcément avec boursouflure d’ego et calcul d’intérêt. Qu’il arrive que certaines personnes se battent pour quelque chose avec en point de mire, simplement, une idée intransigeante de la justice – au sens large du terme.
Aucune envie de m’attarder à résumer sa vie et ses engagements. Trop peur de les galvauder. Juste, lisez ce livre. Parce qu’il est aussi passionnant qu’instructif. Et lisez Howard Zinn. Pour comprendre - entre autres - le poids de la résistance individuelle. Comprendre qu’aucun coup de gueule n’est inutile et que toute voix divergente compte. 
 
Approche qu’il résume parfaitement en soulignant les carences de l’histoire officielle : « ce qu’il y manque ce sont les innombrables petites actions entreprises par des inconnus qui ont pourtant ouvert la voie à ces grands moments. Si nous comprenons cela, nous comprenons également que les plus infimes actes de protestation peuvent constituer les racines invisibles du changement social". 
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Quelqu’un connaît-il un  enseignement plus approprié en ces périodes de découragement généralisé ? (Si ce quelqu'un connait l'équivalent français et vivant d'Howard Zinn, ZAPA est preneur aussi... Non, non, Alain Finkielkraut, Bernard Henry-Lévy  et Frantz-Olivier Giesbert ne semblent pas convenir - Pauvres de nous...)
 
 

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  Editions Agone
20 euros
 
 
* prochainement chroniqué en ces pages
Par lémi - Publié dans : Zapathèque
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