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ZApa

Pourquoi zapa ?


Zapa estime qu’il y a des voix qu'on entend pas assez

et d'autres qu'on n'entend que trop

 

Zapa n'aime pas vraiment les pensées dominantes

Et se veut ouvert aux esprits divergents

Ceci sans approche partisane

Enfin, pas trop…

 

Zapa sympathise avec tous ceux qui proposent une alternative au bourbier dans lequel nous clapotons allégrement

Ceux qui sapent les fondements du consensus mou généralisé

Et en grignotent les racines fangeuses 
 

Zapa se propose d’en relayer les prises de positions

Modestement

Mais avec enthousiasme

 

Zapa aime bien les bouquins aussi 

Alors il  tâchera de propagander 
Ceux qui - en rapport avec le sujet qui le tarabuste -
l’ont particulièrement marqué

 


Zapa se veut une espace démocratique et ouvert à tous, enfin presque...

Pour proposer des entretiens, envoyer une chronique sur un livre 
ou vilipender son créateur :

 

lemi.zapa@gmail.com

  

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« les forces d’oppression n’empêchent pas les gens de s’exprimer, elles les forcent au contraire à s’exprimer » (Gilles Deleuze).

 

Mercredi 14 novembre 2007
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Je vois trop mon cher ami qu’il y a du vrai dans vos reproches. 
‘Quelle est votre doctrine ?’ demandez vous. 
Et je serais embarrassé de vous répondre.
  

Non Alignement.
Relire le court texte de Jean Paulhan, lettre imaginaire – ou pas ? – à un jeune excité du PCF le sommant de s’engager dans la grande baston de l’après guerre – PCF Vs. Gaullisme, épuration Vs. pardon – est un exercice salutaire.
Au sortir de la guerre, Paulhan y pose un regard lucide et plutôt sarcastique sur la réalité de l’engagement partisan, à ses yeux toujours un embrigadement contraire à l’intelligence, une abdication de tout sens critique. Lui se veut à même de piocher chez les uns et les autres ce qui l’intéresse. Et en tire un constat sans compromission : 
Alors bien entendu, les partis politiques me paraissent plutôt de l’ordre de la plaisanterie.
 
Evidemment, le message ne consiste pas en un appel au un nivellement des antagonismes, à une volonté d’aplanir les différences. Paulhan, résistant pendant la guerre, n’est pas de ceux qui clapotent dans l’indécision, dans le refus de prendre position. Il ne verse aucunement dans le « tous pourris » ou l’aquoibonisme. Mais tient à réaffirmer une bonne fois pour toutes son indépendance d’esprit forcené. Face au jeu partisan, il préfère juste se forger ses propres convictions. Se tenir le plus loin de tout endoctrinement broute cerveau. On pense à Tzara : « je suis contre tous les systèmes. Le plus acceptable des systèmes est celui de n’en avoir aucun. » Ou à tous ceux que les petites querelles partisanes ont toujours rebuté. Voguer au dessus de la mêlée, tellement plus attirant. Ne pas hurler avec les loups. A mille lieues de positions parfois caricaturales de l’intelligentsia française de l’époque – à force d’approche partisane, on ne peut pas dire que des figures de proue de l’extrême gauche comme Eluard ou Aragon ont brillé par leur sens critique…
Bien sûr, on peut y voir une forme d’élitisme vaguement aristocratique – ne pas se salir les mains dans ce cambouis nauséabond –, proche des positions d’un De Gaule période « traversée du désert ». Mais le message distillé par Paulhan dans ces quelques pages ne se veut pas supérieur, ni moralisateur. Juste guidé par la raison. Par l’impératif le plus basique qui soit : ne jamais se laisser dicter une opinion.
Ce qui importe avant tout : le libre-arbitre. Paulhan a ceci d’essentiel qu’il ne considère nullement ses semblables comme des veaux juste bon à suivre le son du clairon majoritaire. Non, l’être humain, intelligent, insaisissable, ne suit pas forcément les voies qu’on lui trace. Et se débarrasse en temps voulu des carcans partisans **.
 
Tout homme est un homme universel. Qui sait juger, mais qui est tout à fait capable de réfléchir. Qui sait inventer, mais qui sait aussi se plier aux inventions d’autrui. Capable de tendresse ou de violence; d’équité comme d’injustice; d’intérêt, mais de détachement. Ce serait peu : doué, par dessus le marché, d’on ne sait quel esprit rétif, difficile, insaisissable. Ainsi tour à tour lion, tortue, hydre ou licorne. Universel à donner le vertige. Mais notre affaire à nous qui nous mêlons de politique, c ’est tout de même d’accorder cette hydre et cette tortue, ce révolutionnaire et ce fasciste.
 
A droite Paulhan ? Possible par moments. Mais à gauche aussi, souvent. Voire encore plus à gauche. Ou au centre. Selon le contexte, selon le débat. Mais à coup sur guidé par des valeurs que les tristes pantins qui nous servent d’opposition majoritaire (bonjour à vous, amis socialistes) ont depuis longtemps renié. Une capacité à réagir contre toute forme d’enrégimentement, d’endoctrinement qui lui aurait fait depuis longtemps s’insurger rageusement dans la situation présente. D’ailleurs, il le dit : « on sait de reste que le bon citoyen passe en prison le plus clair de sa vie ».
 
Qui donc a dit : ‘notre parti au pouvoir, les autres partis en prison’ ? Mais bien sûr, tous les partisans. Et le moins qu’il faille dire des partis, c’est qu’ils ne sont pas longs à prendre eux même un parti. Or c’est toujours le même qu’ils prennent : totalitaires, dévorants. Et par là bien plus proches les uns des autres qu’il ne semble. On s’étend volontiers sur l’opposition des partis, sur les abîmes qui les séparent, sur l’impossibilité où est un homme de droite de comprendre un homme de gauche. On remarque mal à quel point ils se ressemblent, s’accordent : et, si je peux dire, ne font qu’un.
 
 
* A ceux qui le somment de s’engager, de prendre parti pour une épuration d’envergure, Paulhan dira Merde (dans d’autres textes). Aragon, Eluard, ses anciens amis, comme lui résistants ? Des « nouveaux Brasillach », tellement emplis du désir de « collaborer » qu’ils en oublient leurs valeurs humanistes. « Ni juge, ni mouchards », la seule position valable. Paulhan s’y tient.  
 
** Je sais, je sais : avec ce genre de remarques sur l’intérêt de renier le carcan partisan, on pourrait me rétorquer que c’est exactement ce que font les girouettes du PS. Mais, notez bien que l’important ici, c’est la défense forcenée d’une intégrité intellectuelle. Rien à voir donc avec les tristes pantalonnades plus qu’intéressées auxquelles ils nous ont habitué.  
*
Editions ALLIA /// 6.10 euros
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par lémi publié dans : Zapathèque
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Lundi 22 octobre 2007

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Nous pensions que ne rien faire à une période de violente répression, 
est en soi une forme de violence.
 
(témoignage rétrospectif d’un Weatherman)

 
Une fois n’est pas coutume, ZAPA délaisse les caractères imprimés pour la pellicule.
C'est que le documentaire présenté ici mérite largement ce temporaire délaissement de la chose livresque. D’abord parce qu’il revient sur une part de l’histoire américaine largement caricaturée par les livres d’histoire. Et aussi parce qu’évitant tout manichéisme contre-productif, tout angélisme révolutionnaire, il livre un témoignage aussi intelligent que mesuré sur les agissements d’une bande d’idéalistes convaincus qu’ils pouvaient changer le monde. Et tentèrent de le faire.
 
 
1969.
Les Etats-Unis sont enlisés depuis 5 ans au Vietnam, sale guerre qui n’a plus vraiment les faveurs de l’opinion. La question raciale prend un tour de plus en plus violent, Black Panthers et autres activistes de la cause se faisant chaque jour plus revendicatifs. Et surtout, la jeunesse américaine commence à délaisser l’apathie pour clamer son dégoût du pouvoir en place (administration Kennedy puis Nixon). Le plus souvent pacifiquement, pour des résultats globalement mitigés. Et parfois, à partir de l’émergence d’une frange plus radicale au sein du SDS (« Students for a Democratic Society », syndicat étudiant comptant alors plus de 100 000 membres aux Etats Unis), de manière plus radicale.
 
Ceux là – une poignée – ne veulent plus rien avoir à faire avec le pacifisme. Et considèrent de leur devoir de tout mettre en œuvre pour faire cesser la guerre.
 
La naissance du Weather Underground est indissociable de la montée en puissance des voix contre la guerre du Vietnam. Si la plupart des manifestants ne sont pas tentés par une radicalisation de l’approche, ils sont une poignée au SDS à estimer que Nixon et son administration ont dépassé les bornes, surtout après la tardive médiatisation des infâmes massacres de My Lai. .
Mark Rudd : «notre pays était en train d'assassiner des millions de gens. En réalité, le chiffre se situe à quelque part entre trois et cinq millions de personnes. Cette révélation représentait plus que ce que nous pouvions supporter. Nous ne savions quoi faire, c'était un fait trop énorme. Il n'est pas passé une seconde, entre 1965 et 1975, sans que je sois conscient que notre pays était en train d'attaquer le Vietnam (...)».
 
Après avoir pris en main le SDS (de manière assez tordue), les Weathermen basculent rapidement au centre de l’actualité, leur radicalisation allant de pair avec une ostracisation progressive et unanime :
 
Eté 1969 : ils organisent à Chicago les «Days of Rage», nouveau type de manifestation violente préfigurant les Black Blocks. A 300, ils saccagent le quartier le plus riche de Chicago.
Mars 1970 : un groupe autonome de New York décide de se lancer dans l’action violente, acceptant de fait le principe de toute action terroriste : le massacre d’innocents. Les trois conspirateurs décident de faire exploser une bombe lors d'un bal des officiers à Fort Dix. Le projet avorte lamentablement puisqu’ils explosent avec leur bombe lors des préparatifs.
Terry Robins, un des trois : «(...) il était trop tard pour une quelconque réconciliation dans ce pays et le mieux que nous pouvions faire était de provoquer une série d'actions catastrophe (...)».
 
Paradoxalement, c’est ce gigantesque raté qui permet au Weather Underground de prendre conscience de l’horreur absolue de ce genre d’actions. Et de refuser en bloc par la suite toute forme de violence similaire. A partir de là, le Weather Underground prend un soin méticuleux à ne blesser personne. 
Enumérer les divers attentats et faits d’armes du Weather Underground serait fastidieux. Entre 1971 et 1975, le Capitole, l’administration pénitentiaire de San Fransisco et le Pentagone sont entre autres visés, à chaque fois en réponse à un événement précis. L’attentat contre l’administration pénitentiaire, par exemple, répond à l’assassinat de Georges Jackson, le célèbre Soledad Brother, dans l’enceinte de la prison.
Dans le même temps, les acharnés réussissent à faire évader le pape du LSD, Thimoty Leary, détenu dans une prison de haute sécurité.
Les 10 années de traque acharnées qui suivent, FBI aux trousses, ne déboucheront jamais sur l’arrestation des principaux Weathermen. Quant ils tombent – tard – aux mains de la justice, le FBI a usé de tant de moyens illégaux dans la chasse, qu’ils ne pourront réellement être inculpés…
 
 
Le film est majoritairement composé de témoignages des protagonistes de l’affaire : anciens membres du Weather Underground – ne jetant pas forcément un regard très complaisant sur cette période de leur vie – mais aussi officiers du FBI alors chargés de la traque ou anciens dirigeants du SDS en leur temps hostiles à la radicalisation du mouvement. Tous s’attardent sans complaisance sur leurs convictions passées.
Comme le film que Pierre Carles a consacré à la mouvance Action Directe et à leur justification de la violence (Ni vieux ni Traitres, à voir impérativement, comme tous les autres films de Carles), ce qui rend the weather Underground passionnant, c’est les questions qu’il soulève, les territoires explorés, sans parti-pris ni moralisme. 
 
Quel niveau d’oppression faut il atteindre pour que la violence soit légitime ?
Le terrorisme sans victimes, est ce du terrorisme ?
User de violence, n’est ce pas renforcer le camp d’en face ?
L’incurie d’un gouvernement élu démocratiquement, sa malveillance, ses incursions répétées dans l’infâme – pour l’administration Nixon, outre le Vietnam, la liste est longue : assassinats avérés de militants Black Panther, renversement d’Allende, magouilles diverses débouchant sur le Watergate… – excusent t’elles le recours à la violence ?
 
A ces questions qui restent finalement d’une indéniable actualité, les réalisateurs, Sam Green et Bill Sieger, prennent bien garde de ne pas répondre. On leur en sait gré. Ni film de propagande caricatural, ni instrument de dénonciation, The Weather Underground se contente de tracer la chronique d’une rébellion séduisante. Et d’interroger notre propre rapport à la contestation.
Après, concernant les conclusions à en tirer, Zapa, n’empiétera pas sur ce territoire mouvant. Mais conseille juste la vision d’un documentaire salement creuse-méninges.
 
 
You don't need a weatherman to know which way the wind blows.
Pas besoin d'un météorologue pour savoir dans quelle direction le vent souffle.
(Paroles de Bob Dylan dans Subterranean Homesick Blues à l’origine du nom des Weathermen, devenu plus tard Weather Underground)
 
Il faut buter ce fils de pute le plus tôt possible.
(Richard Nixon, évoquant – poétiquement – l’élection de Salvador Allende)


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Samedi 29 septembre 2007

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« Il est désormais admis que si les dirigeants mondiaux veulent se réunir pour discuter d’une nouvelle entente commerciale, on devra ériger l’équivalent moderne d’une forteresse – chars blindés, gaz lacrymogènes, canons à eaux et chiens d’attaque - afin de les protéger de la grogne populaire. » (Naomi Klein) 
   
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On a beaucoup caricaturé le premier livre de Naomi Klein, l’indispensable No Logo, publié en 1999. On l’a présenté comme un manifeste anti-mondialisation, comme une attaque en règle contre l’internationalisation des échanges. Rien de plus faux pourtant. Si No Logo réfutait quelque chose, ce n’était pas la mondialisation en elle même, c’était les valeurs qui la régissaient. Ce que le livre démontrait parfaitement, c’était simplement l’irruption toujours plus obscène de considérations uniquement matérielles dans les débats de ce monde. La coupe réglée de l’humanité au service de quelques multinationales et de leurs marques toutes puissantes. L’accroissement exponentiel des inégalités planétaires et l’intronisation du marketing et de la logique du libre-échange comme fer de lance d’un ordre mondial perverti.
Ce que Naomi Klein décrivait également, c’était l’émergence de mouvements de contestation de ce nouvel ordre capitaliste dans les années 1990 : les anti-pubs, reclaim the streets... Précurseurs d’une mouvance critique acharnée à dézinguer l’obscène baudruche médiatique et publicitaire tissée autour de la société de consommation, à flinguer joyeusement la « tyrannie des marques », qu’on ne tardera pas à regrouper – un peu artificiellement – sous le nom d’Alter mondialistes. C'est cette mouvance contestataire que la journaliste canadienne s’est attachée à suivre à la trace pour le compte de divers journaux. Les articles percutants (une quarantaine au total) que lui ont inspiré cette immersion prolongée sur le « front de la mondialisation » forment ce Journal d’une combattante
 
Propulsée du jour au lendemain grande théoricienne des alter mondialistes, No Logo faisant pour beaucoup office de Bible, Naomi Klein a donc suivi pendant deux ans et demi l’expansion des mouvements de contestation de l’ordre capitaliste mondial. De Seattle (1999), déflagration inaugurale inattendue (« c’est qui ces gens là ? »), à gênes (2001), coup de semonce répressif ultra-violent annonçant les désenchantements à venir et « l’exploitation de la terreur » par les pouvoirs en place.
Cette chronique des 2 ans et demi de pérégrinations engagées qui ont suivis la publication de No Logo saute d’un sujet à l’autre sans jamais perdre sa cohérence, sans délaisser le fil d’un récit sous tendu par la nécessité d’expliquer un combat, son combat. Si la sympathie de la journaliste canadienne pour ces mouvements est évidente, elle n’en garde pas moins la distance nécessaire à la cohérence de ses démonstrations.
Impossible de résumer les divers articles contenus. Du Chiapas (« le sous commandant Marcos et les zapatistes font une révolution qui mise sur les mots davantage que sur les balles ») aux OGM (« la pollution génétique »), de l’Argentine malmenée par le FMI (« Le FMI a eu sa chance de gouverner l’Argentine. Au tour du peuple maintenant. ») au premier forum social mondial de Porto Allegre (« naissance d’une réflexion approfondie sur les solutions de rechange »), en passant par la violence revendiquée des black blocks (Mouvements anarchiste très – trop ? – médiatisés qui ont dépoussiéré le recours à l’Action Directe) et – surtout – des forces policières, Naomi Klein trace le portrait d’un mouvement protéiforme aux prolongements innombrables et animé de courants parfois contradictoires.
Souvent vu comme point faible de cette mouvance contestataire, sa diversité ne l’empêche finalement pas de se retrouver sous une bannière commune : celle de l’indignation devant le spectacle d'un libéralisme sauvage régissant une planète malade de son capitalisme. Qu’ils manifestent cette indignation en formant des brigades de clowns pacifiques, en bloquant les voies d’accès aux conférences des délégués de l’OMC, en bombardant de nounours via une catapulte géante l’enceinte du village financier du sommet des Amériques à Québec (!), ou plus basiquement en chargeant les flics, ils forment finalement une masse beaucoup plus unifiée qu’on pourrait le penser. Et font preuve d’une imagination dans le militantisme qui devrait faire pâlir de honte les tristes pantins qui gèrent actuellement nos pauvres dissidences d’ordre national.   
 
Ce regain de militantisme international décrit par Naomi Klein a pu perdre de sa fraîcheur. De son innocence aussi. Depuis 2001, il semble que le « front de la mondialisation » ait été rattrapé par des formes de lutte partisane et de récupération partisane. Que sa créativité s’essouffle aussi un peu alors même que la répression le frappant est toujours plus forte. On aimerait bien savoir ce qu’en pense la très convaincante Naomi Klein*. D’ailleurs, le seul reproche que je trouve à faire à ce « journal d’une combattante » est qu’il s’arrête en 2001…  
 
 
* pour les anglophones, nombreux éléments de réponse sur :
 

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Actes Sud, Collection Babel /// 8 euros

 

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Dimanche 9 septembre 2007

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De "modernité" à "gouvernance" en passant par "transparence", "réforme", "crise", "croissance" ou "diversité" : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les « 20 heures » des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité.
 
(Eric Hazan, LQR, la propagande du quotidien)

   

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C’est en lisant l’excellent article qu’Olivier Bonnet a consacré à l’avènement – consécration serait plus juste… – du mensonge politique généralisé sous le règne du petit agité des épaules (Le sarkozysme ou le mensonge érigé en système :
 
http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2007/09/07/6140118.html) que je me suis souvenu de LQR, la propagande du quotidien par Eric Hazan, lecture qui m’avait fait forte impression mais que j'avais bizarrement oublié.
Dans ce billet, Olivier Bonnet tire un constat sans appel : la parole politique s’est désormais affranchie avec un sans gêne époustouflant de tout rapport à la réalité. Le pouvoir en place s’est tellement décomplexé, il a pris un telle confiance en lui, qu’il peut désormais balancer à tire-larigot les contre-vérités les plus flagrantes, tant il est certain que les rares à relever ses mensonges s’époumoneront en vain à les dénoncer. La brillante analyse de Bonnet se suffit à elle-même, nul besoin d’en rajouter, je vous encourage juste à la lire.
 
Par contre, il est un autre point qui a trait au sujet mais s’inscrit dans une dimension plus large car moins directement liée à l’actualité immédiate. Ce point essentiel, c’est celui de l’enracinement toujours plus marqué d’un langage du mensonge contemporain, forme de propagande vicelarde salement efficace dans le cadre actuel. Son omniprésence au quotidien en fait une arme imparable au service des gouvernants. C’est ce langage qui permet – en partie, la chose nécessite aussi une gigantesque dose d’amoralité et une absence totale de scrupules… – cette impunité démente en matière de foutage de gueule et de falsification des faits. soulignée par Olivier Bonnet. Arme rhétorique des dominants, elle est le sujet du livre de l'éditeur et auteur Eric Hazan qui la désigne sous le nom de LQR : Lingua Quintae Republicae ("Langue de la cinquième république", référence à un ouvrage de Victor Klemperer analysant les glissements sémantiques opérés sous le Troisième Reich : LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d'un philologue). 
 
Ce qui ressort de l’ouvrage d’Eric Hazan, c’est d’abord le fait qu’il y ait une langue du pouvoir, langue qui endort et tend à désarmer toute velléité de rébellion chez ceux qui ne détiennent pas ce pouvoir. Ce langage formaté a selon lui une influence fondamentale sur les évolutions sociétales. Ce n’est pas forcément un scoop, mais la démonstration qu’il opère tend à placer ce glissement sémantique vers une propagande du quotidien comme absolument néfaste à très grande échelle. Et révélateur de l’embrigadement généralisé à l’œuvre dans notre société capitaliste. Il en fait remonter la naissance aux années 1960, avant qu’elle ne prenne véritablement son essor dans les années 1980-1990. Fondée sur le consensus, l’abrasement de ce qui peut faire conflit, elle permet d’éviter toute remise en cause de l’ordre capitaliste actuel et de ses profondes inégalités.
D’abord Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, puis finalement reprise par les politiciens, la LQR est à ses yeux devenue une arme du maintien de l’ordre. Dans ce livre, Hazan décrypte habilement la manière dont elle agit au quotidien et se fait pourvoyeuse de conformité.
 
Pour s’imposer, la LQR, novlangue actualisée, use de procédés rhétoriques à vocation manipulatrice. Il s’agit de dissimuler la vraie nature des problèmes. Lorsque les termes de « patrons », « ouvriers » ou « syndicats » sont remplacés par celui de « partenaires sociaux », il s’agit bien de désamorcer toute allusion à un antagonisme de classe. De même, lorsque « pauvre » est remplacé par « personne à revenu modeste », « victime » par « exclu », « propagande » par « communication » ou « crime de guerre » par « bavure », il s’agit bien de voiler la face à ceux qui pourraient remettre en cause l'inhumanité de notre société et de ses dirigeants.
Euphémisme, langue de bois et matraquage sont les principaux leviers de la LQR, système linguistique à vocation de bourrage de mou. Le principe est simple : on prive des mots qui originellement appartenaient au vocabulaire de la subversion de leur sens premier, on les matraque à longueur de temps et on les vide de leur substance. Puis, une fois essorés et dénués de tout rapport à la réalité, on les utilise de manière détournée.  
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Forgé par des publicitaires et des experts en communication, l'outil LQR fonctionne sur la répétition. Un mot, clair et utile, repris sans fin dans les éditoriaux financiers, les "20 heures" des grandes chaînes, les discours politiques et les affiches dans le métro, devient une bouillie dont le sens s'évapore peu à  peu.
 
L’idée dominante dans sa propagation, c’est d’endormir les masses, de les hypnotiser, de dresser entre elles et la compréhension du monde dans lequel ces masses prennent place un rideau de fumée. C’est ainsi que des termes comme « réforme », « dialogue social », « République », agités à tout bout de champ par les pouvoirs en place ont perdu toute substance, agissant comme des leurres rhétoriques vidés de leur sens premier. Pour Hazan, la LQR agit comme un vernis, gomme tout relief aux problématiques sociales. Elle est aux politiques ce que la publicité est aux chefs d’entreprises : un outil de manipulation à l’efficacité jamais démentie. 
 
La démonstration d’Eric Hazan est implacable et difficilement réfutable (ne sont abordés ici que quelques exemples et la théorie servant de fil conducteur au livre, le travail remarquable mené par l'auteur est évidemment moins basique que ces modestes lignes). Ce bain mental dans lequel nous baignons continuellement et auquel nous ne prenons plus garde, par habitude, semble au sortir de LQR une réalité incontournable. Se confronter au JT de TF1 ou à la lecture d’un quotidien à grand tirage après cette lecture, est une expérience plutôt étonnante. Et terriblement déprimante.  

Si l’ordre économique et sociale profondément inhumain qui caractérise notre présent s’est imposé, c'est grâce à un travail de fond, un travail de sape linguistique. Détourner les mots, les dépouiller de leur violence, pour mieux enrégimenter, c'est le principe à l'oeuvre dans la généralisation de la LQR. Ce constat, on peut bien sûr l’étendre à la pub (Cf. François Brune pour qui la pub est la nouvelle idéologie de notre temps, et qui voit dans son omniprésence une forme de totalitarisme consumériste : De l’idéologie, aujourd’hui) et à la grande décérébration contemporaine par le culte de la consommation.
Mais cette langue manipulatrice, déviante, est surtout l’expression achevée du libéralisme ambiant et triomphant. La marque de sa victoire. En phagocytant le discours critique, en le dépouillant de sa substance, le libéralisme s’impose totalement. Et si ce livre est précieux en ces temps de disette critique, c’est qu’il permet de décrypter une réalité (notre langage quotidien) à laquelle nous sommes tellement habitués que nous n'y prenons plus garde. Prendre conscience de ce que cette LQR colporte est vital si l’on souhaite remettre en cause la triste réalité dont elle s’est fait l’alliée. C’est d’abord en observant les déformations sémantiques à l’œuvre dans nos sociétés contemporaines que l’on peut prendre conscience de la machine à broyer les cerveaux qui nous tient lieu d’environnement. Et qui, du langage, insidieusement, s'étend à tous les domaines de notre quotidien.
 
 
La réalité n'a aucune importance, il n'y a que la perception qui compte.
(Laurent Solly, alors directeur de campagne du candidat Sarkozy, 
2007, cité par Yasmina Reza.)
 

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Editions Raisons d'Agir /// 6 Euros

 
 
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Mardi 28 août 2007

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« L’homme veut voyager, et il faut qu’il le fasse, ou alors il va mourir. »
(Sir Richard F. Burton, Pilgrimage to El-Medinah and Meccah)
  
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Pour l’imprudent s’aventurant, guidé par l’enthousiasme d’une lecture, à faire un compte rendu de la volumineuse biographie de Richard Burton par Fawn Brodie, une question insoluble se pose rapidement : comment condenser en quelques paragraphes une vie qui en contient au moins mille ?
Que mettre en avant ?
Les explorations insensées auxquelles le bougre s’est livré durant la majeure partie de sa vie ? Et si oui, lesquelles ? Sa tentative pour remonter les sources du Nil en compagnie de Speke, qui deviendra ensuite, rivalité entre explorateurs oblige, son meilleur ennemi ? Son intrusion déguisé en pèlerin arabe au cœur de La Mecque, chose alors punie de mort pour un infidèle ? Ses diverses excursions dans les endroits les plus inhospitaliers imaginables, généralement peuplés d’anthropophages affamés, d’animaux féroces et de préférence pullulant de maladies mortelles ?
Ou alors son talent hors pair de traducteur (il fut le premier à livrer une version non expurgée des Milles et une nuits et du Kama Sutra) ? Les avancées scientifiques permises par ce « diable d’homme » dans des sciences aussi diverses que la linguistique (il maîtrisait plus de 40 langues et dialectes), l’ethnologie, la géographie, l’archéologie ou l’anthropologie ? Le regard moderne posé sur des peuplades alors considérées comme des sous-hommes ? Ses talents de poète ? Sa fascination pour l’interdit sexuel sous toutes ses formes (sadomasochisme, castration…) ? Ses perpétuels pieds de nez à la hiérarchie militaire et son incapacité absolue à se conformer aux règles de la « bonne » société britannique ?
On voudrait tout dire mais…
 
L’homme tient autant de Kessel (pour sa volonté de témoigner « parmi les hommes ») que de Bouvier (pour la poésie de ses textes et sa bougeotte maladive), de Chatwin (pour ses plongées répétées dans les sciences balbutiantes de l’anthropologie et de l’ethnologie) que du Mike Horn (le cinglé qui a récemment descendu l’Amazone à la nage, terrassant à mains nues les alligators se mettant en travers de sa route…) pour sa capacité à relever les défis les plus fous (se faire héberger chez les cannibales, explorer l’Afrique centrale dans des conditions démentes alors qu’il est paralysé des jambes, pénétrer dans la Mecque déguisé en pèlerin Arabe, faire éditer le Kama Sutra dans une société britannique méchamment prude…). Une sorte de condensé de tout ce qui fait un grand voyageur. Et un grand conteur.
 
La biographie de Fawn Brodie se lit comme un roman. Entremêlant aspects psychologiques et psychanalytiques (Burton,  est à ce niveau un très bon sujet…) aux récits de voyages déments, il parvient à tracer du personnage un tableau plus que passionnant. Il faut dire que rendre terne une vie telle que celle de Burton aurait relevé de l’exploit…
 
La raison de sa présence sur Zapa ?
Euh… J’avais compté broder sur l’aspect tolérant et précurseur de Sir Burton, taclant le racisme ambiant de la société britannique du 19ème siècle de sa plume furibarde. Mais je n’ai pas le temps de maquiller cette incursion dans des territoires exotiques, début imminent des vendanges oblige. Disons que le livre est la meilleure invitation au voyage qui soit. Et que c’est le dernier livre à avoir réellement passionné votre serviteur. C’est suffisant, non ?
 
 
 

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Editions Phébus /// 13.50 euros

  


Culte à Bacchus oblige, Zapa file patauger dans les vignes et se met en congé pour une dizaine de jours. Jusqu'au 10 septembre, rien de nouveau à attendre sur ces pages.   

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par lémi publié dans : Zapathèque
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Jeudi 16 août 2007

 

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Tout état moderne contraint de défendre son existence contre des populations qui mettent en doute sa légitimité est amené à utiliser à leur encontre les méthodes les plus éprouvées de la mafia historique, et à leur imposer ce choix : terrorisme ou protection de l’état. (Michel Bounan) 

 

 

Michel Bounan fait partie des rares penseurs contemporains à susciter autant notre enthousiasme que notre réserve. Enthousiasme car il mène un très appréciable travail de sape contre tous les monstres froids de notre époque glaciale (société de consommation vampirisatrice, intoxications mentales et corporelles généralisées, lois étatiques castratrices, totalitarismes diffus et rampants…), réserve parce que les conclusions tirées, souvent extrêmes, ne suscitent pas forcément notre adhésion (manque de références, tendance à la généralisation…). Logique du terrorisme présente les mêmes travers.

Les livres de Michel Bounan gratouillent toujours nos sociétés modernes là où ça fait mal. En tirent immanquablement le suc le plus nauséabond, le plus malsain. On pourrait y voir une fascination pour la déchéance généralisée de notre temps, fascination parfois un tantinet dérangeante. On pourrait aussi y voir la marque d’un grand penseur.

Personnellement, on a pas encore réussi à se faire une opinion, on oscille. Reste que dans tous les cas, ses livres ont au moins le mérite de violemment secouer le cocotier de nos confortables certitudes.

 

Dans ce court essai, Bounan s’attaque aux racines du terrorisme, pour lui un des phénomènes les plus marquants et représentatifs du 20ème siècle. Et y voit la manifestation de machinations étatiques remarquablement huilées. Et salement machiavéliques.

 

En premier lieu, Bounan rappelle qu'il existe de nombreuses formes de terrorismes : étatiques (Dresde, Pearl Harbor ou Hiroshima), nationalistes (FLN, IRA, ETA...), combattant un ordre injuste social (anarchistes russe du 19éme siècle, Bande à Baader, Action Directe), religieux (fondamentalistes chrétiens ricains, intégristes musulmans...)…

Puis il entame le travail de sape caractéristique de son approche intellectuelle. Premier pavé dans la mare, celui ayant trait à son postulat de départ : le terrorisme tel qu’il a pris place dans les sociétés du monde moderne est invraisemblable. Invraisemblables ses réussites (au sens d’action menée à terme, pas de répercussions). Invraisemblable l’inefficacité totale de services de renseignements censés les combattre. Invraisemblable enfin l’attitude de médias jouant le jeu des terroriste (le but d’une action terroriste étant la focalisation sur une cause, elle ne peut exister que par une médiatisation d’envergure, ou perd sa raison d’être).

« Telle qu'elle est présentée par les responsables gouvernementaux, par les journalistes, par les policiers et par les terroristes eux même, la guerre menée par le terrorisme contre ses adversaires déclarés est tout à fait invraisemblable. Pour être crédible, cette histoire exigerait triplement et simultanément une excessive stupidité des terroristes, une incompétence extravagante des services policiers spécialisés dans la lutte anti terroriste et une folle irresponsabilité des médias. Cette invraisemblance est telle qu'il est impossible que le terrorisme soit réellement ce qu'il prétend être ».

 

De cette invraisemblance, Bounan tire un constat : le terrorisme, loin d’être une inévitable malédiction du temps présent, serait l’outil privilégié d’Etats ou de pouvoirs divers cherchant à (re)conquérir une légitimité. Les états modernes se comporteraient comme des mafias relookées. Avec un but : se poser en protecteur pour mieux régner, encourager la terreur tout en se posant en seul recours à cette terreur. Simple retour aux vieilles recettes de psychologie élémentaire : faire peur c’est dominer.

Agiter le chiffon du terrorisme, l’encourager de facto, permettrait de mieux enrégimenter des sujets effrayés (deux chiffres révélateurs : en 1995, juste après l’attentat d’Oklahoma City, 58% des américains se déclarent d’accord pour renoncer à certaines libertés afin de faire barrage au terrorisme. Et en septembre 2001, juste après les attentats du 11 septembre, la popularité de Bush passe subitement de 55 à 86% dans les sondages). Raisonnement limpide mais dont on jugerait la systématisation un tantinet paranoïaque si il n’était étayé d’exemples nombreux autant que dérangeants. Zapa choisit ici de n’en aborder que quelques uns, en vrac. Les curieux n’auront qu’à lire le livre.

 

Fin 19ème / début 20ème siècle :

Un des exemples les plus probants d’utilisation du terrorisme par un pouvoir étatique réside dans le cas du très étonnant Yergheï Filipovitch Asev. Chef de la mouvance anarchiste russe, commanditaire de nombreux attentats souvent sanglants (meurtre de plusieurs grands ducs, d’une demi douzaine de gouverneurs, du ministre de l’intérieur, du chef de l’Okhrana…), il se révélera plus tard (ce que confirmera Stolypine, ministre de l’intérieur Russe) comme ayant été depuis le début un zélé auxiliaire de la police. Bounan cite Enzensberger (cf. Zapathèques 1, les rêveurs de l’absolu) parlant du terrorisme russe : « les agents secrets du tsarisme y jouent un tel rôle qu’il est impossible de séparer l’histoire de la révolution de l’histoire de leur provocations ».

 

27 février 1933 :

Hitler vient d’être élu chancelier. L’incendie du Reichstag lui permet de mettre en place rapidement un régime autoritaire et de mettre à sa botte les institutions démocratiques. Il a été prouvé que le militant gauchiste arrêté, n’avait pu agir seul. Que divers foyers d’incendie avaient permis la destruction totale du bâtiment. Et que l’incendiaire décapité avait été secondé, à son insu. Une telle occasion de tordre le cou à l’opposition étant évidemment précieuse...

 

6 décembre1941.

Les japonais attaquent Pearl Harbour. Le lendemain l’opinion américaine jusqu'à alors très défavorable à cette guerre se range en fanfares derrière la décision du commandeur en chef Roosevelt d’entrer dans la guerre.

Pour Bounan, pour les historiens aussi, Pearl Harbour est bourré d’incohérences. D’abord, contrairement aux autres bases américaines dans le pacifique, Pearl Harbour est très mal défendue. Ensuite, les services secrets américains et étrangers semblaient connaître de longue date le lieu d’attaque de l’armée japonaise, le code secret de l’armée japonaise ayant été déchiffré depuis longtemps. Comme pour le 11 septembre, le manque de réactivité (la base n’était même pas en état d’alerte) des responsables américains aux sonnettes d’alarmes tirées en tout lieux (l’ambassadeur américain au Japon ou  l’amiral hollandais Helfrich, entre autres, avaient prévenu Washington de l’attaque) est effarante.

La catastrophe de Pearl Harbour aurait en fait été encouragée par l’entourage du président, soucieux de maintenir une industrie de guerre pléthorique et d’ouvrir à la libération de nouveaux champs d’expansion asiatiques à l’industrie américaine. Bounan mentionne cette réunion tenue le soir de l’attaque par Roosevelt avec quelques gradés, en attendant l’attaque. Et cite l’historien américain John Toland, rapportant les hallucinants propos de Roosevelt à ses affidés galonnés : « messieurs, ceci va au tombeau avec nous ».

4 ans plus tard, les bombardements de Dresde et surtout l’utilisation de l’arme nucléaire contre le Japon se chargeront de rappeler que le terrorisme étatique peut également être le fait de régimes démocratiques modernes. Le but réel d’Hiroshima et Nagasaki par exemple étant plus d’impressionner Staline lors du partage du monde en cours, que de faire plier un empire Japonais déjà largement à genoux.

 

1982 

Trois séparatistes irlandais sont arrêtés en région parisienne, à Vincennes. Dans leur logement, la police française découvre quantité d’armes et d’explosifs destinés à une future opération terroriste.  Quelques années plus tard, un gendarme français avoue avoir déposé de lui même le matériel terroriste, sur ordre venu de très haut. L’affaire sera évidemment rapidement étouffée.

 

Sur sa lancée, Bounan décortique de nombreux autres attentats, recelant tous des parts d’ombre assez étonnantes :

L’assassinat de François Ferdinand à Sarajevo en 1914, détonateur de la première guerre mondiale ? Habile manœuvre de l’empire austro-hongrois (laisser agir à leur guise les bouillants nationalistes serbes) pour se débarrasser d’un héritier peu conforme à la tradition impériale tout en obtenant une guerre désirée.

L’attentat meurtrier d’Oklahoma City en 1995 ? La résultante d’une machination gouvernementale dans laquelle l’homme arrêté, Mc Leigh, jouerait le rôle de « l’idiot de service », plusieurs experts du Pentagone ayant semble t’il déclaré absolument invraisemblable que l’explosion provoquée par son camion bourré d’engrais ait suffi à faire de tels dégâts (tout comme l’inventeur de la bombe à neutrons, Samuel Cohen, qui déclara tout de go : « il est absolument impossible qu’un camion rempli d’essence et d’engrais fasse s’effondrer le bâtiment »). Peu après, Clinton promulguait le très liberticide anti terrorism act.

Les mouvances d’extrême gauche des années 1970 tels que Bande à Baader en Allemagne ou Action Directe en France ? Des mouvances infestées par la police et bien utiles pour stigmatiser une opinion alors un peu trop libertaire.

 

L’accumulation des cas est plutôt fascinante. Et le faisceaux de présomption mis à jour par Bounan tentaculaire. Pour lui, ce n'est pas les états qui formentent les attentats. Simplement ces états laissent faire, voire encouragent.

A qui profite le crime ? a des états mafia, avides d'enrégimentement, mettant des citoyens lambda face à une équation des plus simples : le terrorisme, ou nous. Les Etats Unis de Bush en seraient évidemment l'exemple le plus probant : guerre en Irak sur la foi d’un mensonge avéré (la présence en Irak d’armes de destruction massives) pour s'assurer une réélection par forcément gagnée d'avance. Chiffon de Ben Laden agité régulièrement au nez des citoyens pour faire passer des lois liberticides. Attentats du 11 Septembre bourré d’invraisemblances (nullité absolue des services de renseignement ricains, impossibilité à priori pour des pilotes amateurs non guidés par satellites de réussir de telles prouesses aux commandes d’avions de ligne, bailleur de fonds de l’opération – le général pakistanais Ahmoud ahmad – reçu par le directeur de la CIA quelques jours avant les attentats, services de renseignement étrangers s’éreintant en vain à prévenir d’une opération qu’ils ont mis à jour depuis longtemps …). Et autres joyeusetés du même tonneau.

 

A l’arrivée, on ne sait quoi penser. Le raisonnement de Bounan tient largement la route. Et ses exemples sont souvent difficilement réfutables. Mais on connaît aussi l’attrait exercé par la théorie du complot généralisé. Son pouvoir magnétisant sur des cerveaux parfois brillants. On pense ainsi au réseau Voltaire et à son plus  dérangeant/dérangé représentant, Thierry Meyssian clamant sur toutes les chaines de télés que le 11 septembre n’a pas eu lieu et frôlant sous couvert de mise à jour de la vérité un antiaméricanisme primaire doublé d'un antisémitisme latent (L'amérique et Israêl étant désigné comme les deux manipulateurs en chefs).

Si le raisonnement de Bounan est largement d’une autre trempe, on aurait aimé une argumentation plus poussée, des références plus nombreuses, des raccourcis moins nombreux. Quelque chose de plus solide, quoi. La démonstration est brillante, mais il y manque ce qui pourrait en faire un coup de maître. Et atténuer cette sensation de paranoïa latente. "L'hypercritique" de Bounan dérange : à trop vouloir voir du complot, on le crée bien souvent de toute pièce.  

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Reste que si le but était de faire cogiter le lecteur, de porter son attention sur un phénomène occulté, le but est largement atteint. J’en veux pour preuve cette chronique qui, paresse balnéaire aidant, se devait d’être succincte, et pourtant s’étire en longueur sans que votre serviteur ne parvienne à délaisser son électronique plume, tant le sujet le passionne et l’interloque. 

Pour - platement - conclure, lisez ce livre et faites vous votre propre avis. Personnellement, je sais juste qu’au sortir de ce livre, ma vision du terrorisme dans son ensemble, de son poids dans l’histoire à sa logique de fonctionnement, est largement modifiée.   

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L’extraordinaire succès de la mafia historique témoigne que le système bipartite du terrorisme et de la protection est d’une monstrueuse efficacité pour gouverner les hommes selon les exigences d’un pouvoir asservi aux lois économiques. (Michel Bounan)

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Editions Allia / 6,10 euros
 

 

par lémi publié dans : Zapathèque
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Jeudi 9 août 2007


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Vacances aidant, Zapa délaisse un tantinet ses territoires de prédilection. Place donc aux très plaisantes lubies du sieur Adri, à sa fascination pour les envappés moyen-âgeux et à ses divagations pleines de bon sens sur la chrétienté fanatisée en ses heures les plus sanglantes. Montjoie !  
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« Les fanatiques de l’apocalypse », de Norman Cohn, a été édité pour la première fois en 1957. C’est un livre d’une érudition rare, tombé dans l’oubli. Et c'est bien dommage, vu qu'il éclaire lumineusement une période – le Moyen Age – aussi trépidante (tous ces illuminés se trucidant allègrement au nom de Dieu...) que mal connue, et essentielle dans la genèse de nos sociétés contemporaines. Ici, Norman Cohn lève le voile sur un aspect particulièrement méconnu de la période : l'éclosion de mouvements religieux remettant violemment en cause l'hégémonie d'une Eglise catholique romaine alors salement corrompue pour privilégier des doctrines alternatives, bien souvent anarchisantes.
  
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Place aux « millénaristes révolutionnaires et anarchistes mystiques au Moyen-Âge », et oui, c’est le sous-titre et ça balance du gros. En premier lieu, Norman Cohn balaie le postulat cher aux programmes scolaires selon lequel le Moyen-Âge serait l’âge du règne incontesté et sans partage de l’Eglise romaine sur la spiritualité européenne. L’aire géographique comprise entre la France et l’Allemagne et particulièrement le nord de cette zone du XI au XVIème siècle est le cadre de cet essai. A cette époque, la région connaît moult bouleversements autant économiques que démographiques, politiques ou épidémiques. Cela a pour conséquence directe de laisser de larges pans de population livrés à eux-même, en dehors des cadres de la société féodale traditionnelle. Cette dernière présentait les avantages d’offrir la sécurité et les liens sociaux propres à toute communauté vivant en relative autonomie. Dans ce contexte, les seules révoltes sont des « jacqueries » spécifiquement rurales : rébellions contre un seigneur ou un évêque qui prennent leurs aises avec les us et coutumes et oppressent leurs gueux avec un peu trop d’enthousiasme. Tout cela s’achevant évidemment par un mariage et beaucoup d’enfants, pardon, un bain de sang.


« Les fanatiques de l’Apocalypse » traite au contraire des zones urbaines qui regroupent tout ce que la société fabrique comme réprouvés, marginaux et laissés pour compte. En ces temps boueux, la religion est en quelque sorte l’ultime réconfort de ceux qui n’ont rien. L’opium du peuple aurait dit Karl mais qui serait ici plutôt du crack, des méta-amphets, un truc qui nique le cerveau et fait tout partir à veau l’eau de boudin dans le sang et les larmes. Je m’explique : l’ Eglise catholique romaine s’est toujours distinguée par son opportunisme dogmatique en matière de pouvoir temporel autant que spirituel. On peut dire qu’ils n’y allaient pas avec le dos du goupillon, la simonie (trafic de charges ecclésiastiques, de biens spirituels et de reliques) en étant un symptôme avéré. Reste que le peuple assistait à l’insolente et quotidienne baignade des prélats dans le stupre et le luxe (Luxuria et Avaricia). Certains allaient même jusqu’à s’afficher avec leurs maîtresses aux Conciles.


A l’aube de certaines évolutions conjoncturelles et/ou structurelles (« essor démographique, industrialisation, affaiblissement ou disparition des liens sociaux traditionnels, élargissement du fossé entre riches et pauvres ») se créaient des mouvements reprenant à leur compte l’eschatologie chiliastique des juifs, des premiers chrétiens (cf. Songe de Daniel). Ainsi se développaient des révolutions de plus ou moins grande ampleur à caractère anti-clérical, anti-nobles, anti-bourgeois, anti-tout et radicalement nihilistes. Explication des mots compliqués : eschatologie : la fin des temps, l’apocalypse, les « derniers jours » quoi ; chiliastique : le temps venu des enfants heureux et des monstres gentils ou l’avènement sur terre de la Cité de Dieu (un peu maltraitée il est vrai) de Saint Augustin où les « gentils » retrouveraient la paix édénique dans une débauche purement matérielle et alimentaire (de quoi rêver) tandis que les méchants seraient, qui exterminés par l’armée des justes, qui réduits en esclavage pour le prochain millénaire. Un mythe social parfaitement adapté à une populace miséreuse et aigrie.


D’autant que la parousie devait être précédée d’une période de troubles et de catastrophes, que la peste matérialisa parfaitement dans les esprits. Dans la mystique populaire le retour du Christ n’adviendrait que lorsque les méchants et les infidèles seraient passés au fil de l’épée. Les juifs en firent largement les frais pendant toute cette période. Dans un contexte de soulèvement populaire, tous les représentants de l’oppression, le clergé et parfois la noblesse, se matérialisaient en suppôts de Satan dont l’élimination conférait d’office une place au paradis. Ces mouvements se constituaient autour d’un messie autoproclamé contacté personnellement par le Seigneur pour mettre bon ordre dans ce monde pourri. Quelles qu’aient été les aspirations louables du mouvement à sa constitution  (lutte contre l’injustice et la corruption, rétablissement d’une sorte d’Etat de nature non perverti par les grands de ce monde), il se transformaient  en une bande de pillards assoiffés de sang, affamés d’or et persuadés d’agir au nom de Dieu. Ils finissaient pendus, brûlés ou décapités par les tenants de l’ordre au nom du même Dieu.


C’est schématique et ne recouvre pas toutes les réalités décrites dans ce livre mais convient par exemple relativement bien aux premiers mouvements d’Eude de l’Etoile, de Tanchelm ou encore des Pastoureaux. Restent que les croisades populaires et les Tafurs (les seuls à avoir atteint la terre sainte, horde déguenillée appliquant le dénuement le plus strict qui sous les ordres du roi Tafur terrorisaient, massacraient et cannibalisaient les infidèles), ne correspondent pas à ce schéma simpliste. De même que la révolte Taborite en Bohême, précurseur idéologique de l’anarcho-communisme et la Nouvelle Jérusalem de Münster ont une portée infiniment supérieure pour avoir fait trembler l’Europe toute entière. Les frères du libre-esprit ont, eux aussi, une place à part car loin de se considérer comme des élus de Dieu venus préparer son règne, ils se considéraient comme son égal, le seul pêché étant de ne pas répondre au moindre de leurs désirs.

Et puis merde ! Y a encore les flagellants que j’ai pas évoqué ! T’as qu’à le lire ce livre, bougre de fainéant. Bon je vais quand même finir sur la thèse couillue du sieur Cohn, développée en filigrane dans le livre et explicitée à la fin.


Les deux grands courants autoritaires et révolutionnaires de ce défunt vingtième siècle, nazisme et communisme seraient des réminiscences directes de ces révolutions mystiques du moyen-âge. Sans faire l’amalgame entre ces deux régimes (comme de bien entendu), ils possèdent des caractéristiques communes : les conditions socio-économiques de leur apparition, l’avènement prochain d’un âge d’or (la société communiste et le Reich de mille ans), ce dernier passant par l’extermination des « méchants » (taxés qui d’esprit bourgeois, qui de judaïsme). L’hypothèse parait en premier lieu aberrante mais elle est finalement bien développée et plutôt convaincante. Il suffit de jeter un œil sur le « Livre aux cent chapitres », manuscrit écrit par le Révolutionnaire du Haut-Rhin au XVIème siècle. Il représente un agrégat exemplaire des fantasmes populaires de l’époque : l’avènement de l’empereur des derniers jours (réincarnation de Frédéric II) qui mènera la race germanique vers l’état de nature dans lequel elle vivait avant d’être corrompu par l’influence romaine, catholique et juive. Les juifs étant dépeints comme le principal obstacle à la réalisation pleine et entière de l’empire germanique à sa domination sur les autres peuples qui lui sont naturellement inférieurs…


Cependant, j’ai lu une édition des années 60, et il semble que les éditions ultérieures ont délaissé ce point. Ce dernier étant assez bien étayé et ne tentant pas de s’ériger en explication mono causale, c’est dommage. C’est également le seul livre à traiter spécifiquement de ces mouvements. Il permet d’éclairer ce qu’a représenté la Foi pour le petit peuple à cette époque et de souligner la – traditionnelle – métamorphose de mouvements révolutionnaires bien intentionnés en affreuses boucheries.

 

D’autre part, il met en scène une bande de fêlés qui prennent leurs désirs pour des réalités, chargent à un contre mille persuadés de leur invulnérabilité. Pour un athée convaincu comme moi, la Foi a toujours eu un aspect fascinant…


Voilà j’en ai fini avec ce livre dont le seul défaut pourrait-on dire est qu’il est pratiquement introuvable hors bibliothèque universitaire. (pas besoin d’être étudiant pour y aller mais ça coûte plus cher. Monde de merde !)

La paix du Christ, mes frères.


Lactance (IVème siècle après J-C) :

Alors les cieux s’ouvriront ; la tempête fera rage, et le Christ descendra, muni d’une grande puissance et une lueur de feu le précédera, ainsi qu’une cohorte d’anges innombrables ; cette foule de mécréants sera anéantie et le sang coulera à flots…La paix revenue et les maux supprimés, le Roi juste et victorieux soumettra les vivants et les morts à un jugement terrible et Il asservira tous les peuples païens, placés sous le joug des justes survivants ; aux justes trépassés Il accordera la vie éternelle et Il règnera lui-même avec eux sur cette terre et fondera la Cité Sainte. Et ce royaume des justes durera mille ans. […] Alors la pluie descendra sur la terre matin et soir comme une bénédiction, et la terre produira tous ses fruits sans l’aide du labeur humain. Le miel dégouttera en abondance des rochers ; des sources de lait et de vin jailliront.


Adri Lefuneste

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Les Fanatiques de l'Apocalypse

Dernière édition : Payot 1983

 

Dernière minute : si le sieur Adri brille par les mots, il n'en reste pas moins esthétiquement parlant d'une sénilité aberrante. Suite à un conflit concernant les images illustrant cet article, je vous laisse seuls juges, internautes de mon coeur, de ses goûts artistiques délabrés. Voici l'illustration choisie par Adri. N'hésitez pas à vilipender son absolu manque de goût via force commentaires insultants. Salud !


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par adri publié dans : Zapathèque
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Lundi 16 juillet 2007


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allia.jpgLorsque l’on parle d’édition indépendante de qualité, un nom revient fréquemment, celui d’Allia. Que ce soit dans le domaine de la littérature contemporaine, de la critique sociale ou de l’histoire politique, Gérard Berréby, son fondateur, a construit via Allia un catalogue d’une cohérence et d’une richesse aussi rares que précieuses. Et semble avoir réussi son pari : faire rimer liberté éditoriale et choix de publication ambitieux avec réussite commerciale. A rebours des positions pessimistes habituellement tenues sur l’évolution du monde du livre par ses acteurs – à cet égard, il est intéressant de confronter le discours précédemment tenu par Eric Hazan en ces pages (cf. Zapa Speech #2, part. 1), avec celui du fondateur d’Allia –, Gérard Berréby dresse un tableau de la situation de l'univers éditorial très éloigné de celui qu’on nous dépeint habituellement. A ses yeux, il n’y aurait pas, au sein du monde du livre, de réel problème de structures, plutôt un problème de personnes, de mentalités. Prise de position à milles lieues du catastrophisme ambient que Zapa prend grand plaisir à relayer. 
 
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Quel était votre objectif initial lors de la fondation d’Allia en 1982 ?
Pour aller vite, je dirais que ce qui se publiait ne me convenait pas trop et que j’avais la prétention de faire des livres qui allaient convenir à un certain désir, à une certaine attirance, ou à un certain besoin que je ressentais ; livres que je ne trouvais pas sur le marché.
  
Cet objectif a-t-il beaucoup changé entre 1982 et aujourd’hui, après environ 400 ouvrages publiés ?
Il s’est élargi de plus en plus à chaque jour qui est passé. C’est-à-dire que plus je constate qu’il est possible de faire des choses, plus j’en réalise. Je n’ai pas l’impression qu’il y ait une grande différence entre ce que je voulais faire quand j’ai commencé et aujourd’hui. En même temps, il y a un écart énorme, parce qu’il y a une pratique, la réalisation d’un catalogue de 400 titres qui est là, entre les deux. Ce n’est pas rien.
 
J’imagine qu’au début, votre investissement n’avait rien à voir avec celui de maintenant ?
C’est simple : entre le moment où la maison a été créée, en 1982, et 1991, j’ai publié 30 livres. De 1991 à 2007