Zapathèque #7 /// Fawn Brodie, Un diable d'homme : Sir Richard Burton ou le démon de l'aventure

Publié le par lémi

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« L’homme veut voyager, et il faut qu’il le fasse, ou alors il va mourir. »
(Sir Richard F. Burton, Pilgrimage to El-Medinah and Meccah)
  
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Pour l’imprudent s’aventurant, guidé par l’enthousiasme d’une lecture, à faire un compte rendu de la volumineuse biographie de Richard Burton par Fawn Brodie, une question insoluble se pose rapidement : comment condenser en quelques paragraphes une vie qui en contient au moins mille ?
Que mettre en avant ?
Les explorations insensées auxquelles le bougre s’est livré durant la majeure partie de sa vie ? Et si oui, lesquelles ? Sa tentative pour remonter les sources du Nil en compagnie de Speke, qui deviendra ensuite, rivalité entre explorateurs oblige, son meilleur ennemi ? Son intrusion déguisé en pèlerin arabe au cœur de La Mecque, chose alors punie de mort pour un infidèle ? Ses diverses excursions dans les endroits les plus inhospitaliers imaginables, généralement peuplés d’anthropophages affamés, d’animaux féroces et de préférence pullulant de maladies mortelles ?
Ou alors son talent hors pair de traducteur (il fut le premier à livrer une version non expurgée des Milles et une nuits et du Kama Sutra) ? Les avancées scientifiques permises par ce « diable d’homme » dans des sciences aussi diverses que la linguistique (il maîtrisait plus de 40 langues et dialectes), l’ethnologie, la géographie, l’archéologie ou l’anthropologie ? Le regard moderne posé sur des peuplades alors considérées comme des sous-hommes ? Ses talents de poète ? Sa fascination pour l’interdit sexuel sous toutes ses formes (sadomasochisme, castration…) ? Ses perpétuels pieds de nez à la hiérarchie militaire et son incapacité absolue à se conformer aux règles de la « bonne » société britannique ?
On voudrait tout dire mais…
 
L’homme tient autant de Kessel (pour sa volonté de témoigner « parmi les hommes ») que de Bouvier (pour la poésie de ses textes et sa bougeotte maladive), de Chatwin (pour ses plongées répétées dans les sciences balbutiantes de l’anthropologie et de l’ethnologie) que du Mike Horn (le cinglé qui a récemment descendu l’Amazone à la nage, terrassant à mains nues les alligators se mettant en travers de sa route…) pour sa capacité à relever les défis les plus fous (se faire héberger chez les cannibales, explorer l’Afrique centrale dans des conditions démentes alors qu’il est paralysé des jambes, pénétrer dans la Mecque déguisé en pèlerin Arabe, faire éditer le Kama Sutra dans une société britannique méchamment prude…). Une sorte de condensé de tout ce qui fait un grand voyageur. Et un grand conteur.
 
La biographie de Fawn Brodie se lit comme un roman. Entremêlant aspects psychologiques et psychanalytiques (Burton,  est à ce niveau un très bon sujet…) aux récits de voyages déments, il parvient à tracer du personnage un tableau plus que passionnant. Il faut dire que rendre terne une vie telle que celle de Burton aurait relevé de l’exploit…
 
La raison de sa présence sur Zapa ?
Euh… J’avais compté broder sur l’aspect tolérant et précurseur de Sir Burton, taclant le racisme ambiant de la société britannique du 19ème siècle de sa plume furibarde. Mais je n’ai pas le temps de maquiller cette incursion dans des territoires exotiques, début imminent des vendanges oblige. Disons que le livre est la meilleure invitation au voyage qui soit. Et que c’est le dernier livre à avoir réellement passionné votre serviteur. C’est suffisant, non ?
 
 
 

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Editions Phébus /// 13.50 euros

  


Culte à Bacchus oblige, Zapa file patauger dans les vignes et se met en congé pour une dizaine de jours. Jusqu'au 10 septembre, rien de nouveau à attendre sur ces pages.   

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Publié dans Zapathèque

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t. 04/09/2007 10:48

bien l'envie qui m'prend de lecturer c't intrépid' moi (un angevin de poitrine)

t. 04/09/2007 10:48

bien l'envie qui m'prend de lecturer c't intrépid' moi (un angevin de poitrine)