Mardi 10 juillet 2007
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« la désobéissance civile (...) n'(est) pas un problème, quoi qu'en disent ceux qui prétendent qu'elle menace l'ordre social et conduit
droit à l'anarchie. Le vrai danger, c'est l'obéissance civile, la soumission de la conscience individuelle à l'autorité gouvernementale. » Howard Zinn.
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L’impossible neutralité est l’autobiographie de l’historien et militant américain Howard Zinn. Le récit d’une vie
exemplaire consacrée à lutter contre les dérives à répétition d’Oncle Sam, ses relents racistes et ses velléités meurtrières d'impérialisme.
De ses premiers pas en politique au début des années 1940 lorsqu’il était ouvrier dans un chantier naval à sa participation active au mouvement
pour les droits civiques des populations noires, en passant par ses engagements récents contre la guerre du Vietnam ou l’invasion de l’Irak, Zinn n’a cessé de prendre position contre ce qui
choquait son sens très aigu de la justice et de l’humanité.
Plus qu’un récit de vie, ce qu’Howard Zinn donne à lire est le manifeste parfait de l’intellectuel engagé. Comme son ami Noam Chomsky, ou comme
le regretté Pierre Bourdieu, Zinn est en effet un des derniers intellectuels de renom à continuer à pratiquer sa discipline comme un militant, à l’envisager comme un « sport de
combat ».
Avec un postulat de départ récurrent : ceux qui écrivent l’histoire, les « petits »
(syndicalistes, citoyens révoltés, grévistes, soldats etc.) sont toujours effacés des tablettes de l’histoire. Zinn se propose de leur redonner la place qu’ils méritent, à rebours de l’histoire
officielle. C’est le point de départ de son ouvrage phare, best seller inattendu aux Etats-Unis : Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours*, gigantesque travail de
tronçonnage de l’histoire officielle, de remise en cause du savoir aussi figé qu’erroné distillé par les manuels scolaires et les universitaires.
C’est aussi le fil directeur d’une existence consacrée à s’engager aux côtés des malmenés et oubliés de l’histoire.
Toute sa vie, howard Zinn a été exemplaire. En tout. Pas de flirt avec l’outrance rhétorique, d’appels inconsidérés à la violence. Juste une vie
consacrée à se battre contre ce qui le révulsait : ségrégation raciale, guerres impérialistes, abus étatiques, distorsions historiques…
Loin, très loin, des récits hypertrophiés de révoltes adolescentes et égocentriques.
Howard Zinn n’a pas fait son mai 68 adolescent avant de se ranger des voitures. Il n’a pas viré casaque dès que les médias
s’attardaient sur lui. N’a pas hurlé avec les loups. Il a simplement consacré sa vie à se battre pour faire entendre d’autres voix. Et si Oncle Sam en prend pour son grade, ce n’est pas via
des envolées haineuses et stériles, mais par les récit pondéré et argumenté de quelqu’un qui n’a jamais cessé de s’insurger contre ses injustices.
Comme d'autres textes essentiels l'ayant précédé – certains livres d’Orwell ou de Koestler, ceux de Traven aussi –,
l’autobiographie d’Howard Zinn rappelle qu’engagement ne rime pas forcément avec boursouflure d’ego et calcul d’intérêt. Qu’il arrive que certaines personnes se battent pour quelque chose avec en
point de mire, simplement, une idée intransigeante de la justice – au sens large du terme.
Aucune envie de m’attarder à résumer sa vie et ses engagements. Trop peur de les galvauder. Juste, lisez ce livre. Parce qu’il est aussi
passionnant qu’instructif. Et lisez Howard Zinn. Pour comprendre - entre autres - le poids de la résistance individuelle. Comprendre qu’aucun coup de gueule n’est inutile et que toute voix
divergente compte.
Approche qu’il résume parfaitement en soulignant les carences de l’histoire officielle : « ce qu’il y manque ce sont
les innombrables petites actions entreprises par des inconnus qui ont pourtant ouvert la voie à ces grands moments. Si nous comprenons cela, nous comprenons également que les plus infimes actes
de protestation peuvent constituer les racines invisibles du changement social".
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Quelqu’un connaît-il un enseignement plus approprié en ces périodes de découragement généralisé ? (Si ce quelqu'un connait l'équivalent français et vivant d'Howard Zinn, ZAPA
est preneur aussi... Non, non, Alain Finkielkraut, Bernard Henry-Lévy et Frantz-Olivier Giesbert ne semblent pas convenir - Pauvres de nous...)
Editions Agone
20 euros
* prochainement chroniqué en ces pages