Zapathèque #9 /// Naomi Klein /// Journal d'une combattante ; Nouvelles du front de la mondialisation

Publié le par lémi

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« Il est désormais admis que si les dirigeants mondiaux veulent se réunir pour discuter d’une nouvelle entente commerciale, on devra ériger l’équivalent moderne d’une forteresse – chars blindés, gaz lacrymogènes, canons à eaux et chiens d’attaque - afin de les protéger de la grogne populaire. » (Naomi Klein) 
   
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On a beaucoup caricaturé le premier livre de Naomi Klein, l’indispensable No Logo, publié en 1999. On l’a présenté comme un manifeste anti-mondialisation, comme une attaque en règle contre l’internationalisation des échanges. Rien de plus faux pourtant. Si No Logo réfutait quelque chose, ce n’était pas la mondialisation en elle même, c’était les valeurs qui la régissaient. Ce que le livre démontrait parfaitement, c’était simplement l’irruption toujours plus obscène de considérations uniquement matérielles dans les débats de ce monde. La coupe réglée de l’humanité au service de quelques multinationales et de leurs marques toutes puissantes. L’accroissement exponentiel des inégalités planétaires et l’intronisation du marketing et de la logique du libre-échange comme fer de lance d’un ordre mondial perverti.
Ce que Naomi Klein décrivait également, c’était l’émergence de mouvements de contestation de ce nouvel ordre capitaliste dans les années 1990 : les anti-pubs, reclaim the streets... Précurseurs d’une mouvance critique acharnée à dézinguer l’obscène baudruche médiatique et publicitaire tissée autour de la société de consommation, à flinguer joyeusement la « tyrannie des marques », qu’on ne tardera pas à regrouper – un peu artificiellement – sous le nom d’Alter mondialistes. C'est cette mouvance contestataire que la journaliste canadienne s’est attachée à suivre à la trace pour le compte de divers journaux. Les articles percutants (une quarantaine au total) que lui ont inspiré cette immersion prolongée sur le « front de la mondialisation » forment ce Journal d’une combattante
 
Propulsée du jour au lendemain grande théoricienne des alter mondialistes, No Logo faisant pour beaucoup office de Bible, Naomi Klein a donc suivi pendant deux ans et demi l’expansion des mouvements de contestation de l’ordre capitaliste mondial. De Seattle (1999), déflagration inaugurale inattendue (« c’est qui ces gens là ? »), à gênes (2001), coup de semonce répressif ultra-violent annonçant les désenchantements à venir et « l’exploitation de la terreur » par les pouvoirs en place.
Cette chronique des 2 ans et demi de pérégrinations engagées qui ont suivis la publication de No Logo saute d’un sujet à l’autre sans jamais perdre sa cohérence, sans délaisser le fil d’un récit sous tendu par la nécessité d’expliquer un combat, son combat. Si la sympathie de la journaliste canadienne pour ces mouvements est évidente, elle n’en garde pas moins la distance nécessaire à la cohérence de ses démonstrations.
Impossible de résumer les divers articles contenus. Du Chiapas (« le sous commandant Marcos et les zapatistes font une révolution qui mise sur les mots davantage que sur les balles ») aux OGM (« la pollution génétique »), de l’Argentine malmenée par le FMI (« Le FMI a eu sa chance de gouverner l’Argentine. Au tour du peuple maintenant. ») au premier forum social mondial de Porto Allegre (« naissance d’une réflexion approfondie sur les solutions de rechange »), en passant par la violence revendiquée des black blocks (Mouvements anarchiste très – trop ? – médiatisés qui ont dépoussiéré le recours à l’Action Directe) et – surtout – des forces policières, Naomi Klein trace le portrait d’un mouvement protéiforme aux prolongements innombrables et animé de courants parfois contradictoires.
Souvent vu comme point faible de cette mouvance contestataire, sa diversité ne l’empêche finalement pas de se retrouver sous une bannière commune : celle de l’indignation devant le spectacle d'un libéralisme sauvage régissant une planète malade de son capitalisme. Qu’ils manifestent cette indignation en formant des brigades de clowns pacifiques, en bloquant les voies d’accès aux conférences des délégués de l’OMC, en bombardant de nounours via une catapulte géante l’enceinte du village financier du sommet des Amériques à Québec (!), ou plus basiquement en chargeant les flics, ils forment finalement une masse beaucoup plus unifiée qu’on pourrait le penser. Et font preuve d’une imagination dans le militantisme qui devrait faire pâlir de honte les tristes pantins qui gèrent actuellement nos pauvres dissidences d’ordre national.   
 
Ce regain de militantisme international décrit par Naomi Klein a pu perdre de sa fraîcheur. De son innocence aussi. Depuis 2001, il semble que le « front de la mondialisation » ait été rattrapé par des formes de lutte partisane et de récupération partisane. Que sa créativité s’essouffle aussi un peu alors même que la répression le frappant est toujours plus forte. On aimerait bien savoir ce qu’en pense la très convaincante Naomi Klein*. D’ailleurs, le seul reproche que je trouve à faire à ce « journal d’une combattante » est qu’il s’arrête en 2001…  
 
 
* pour les anglophones, nombreux éléments de réponse sur :
 

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Actes Sud, Collection Babel /// 8 euros

 

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