Zapathèque #2 /// Comité invisible : L'insurrection qui vient

Publié le par lémi

 

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Le propos du Comité Invisible tient en peu de mots : la France, son système de valeur et son organisation sociale, traversent une période noire, voire pire. "Ce qu'il y a c'est une civilisation en état de mort clinique." Entre perte des repères généralisée et disparition logique de toute forme d’idéalisme, la seule solution, serait la révolte pure et simple. Sans chichis. 

 
L’impasse du présent. 
"sous quelque angle qu’on le prenne, le présent est sans issue. Ce n’est pas la moindre de ses vertus."

Les auteurs, regroupés sous un mystérieux et un chouia paranoïaque – il nous semble – "comité invisible", ont pris modèle sur les 7 cercles de l’enfer de Dante pour poser l’impasse du temps présent. Chaque cercle symbolise un domaine particulier de nos existences scellé du sceau de l’impasse absolue : l’impasse du rapport au soi, l’impasse des rapports sociaux, l’impasse de l’urbain, l’impasse politique, l’impasse écologique… Autant d’apories de nos sociétés disséquées, montrées sous un jour éminemment critique. Avec comme point de départ, base de lancement à la réflexion, les émeutes de novembre 2005, que les auteurs placent comme révélateur implacable de l’évidence de l’insurrection à venir : "l’incendie de 2005 n’en finit plus de projeter son ombre sur toutes nos consciences. Ces premiers feux de joie sont le baptême d’une décennie pleine de promesse."
 
Résumé et raccourci, ça donne :
Le système représentatif a fait son temps, n’est plus adapté, et de loin, aux réelles questions de notre temps. D’ailleurs qui croit encore à la politique ? et surtout aux politiques ? "De gauche à droite, c’est le même néant qui prend des poses de cador ou des airs de vierge, les mêmes têtes de gondole qui échangent leurs discours d’après les dernières trouvailles du service communication."
La société de consommation a modelé des individus hagards et désorientés, sans identité, courant après des besoins qu’on leur impose et ignorant ceux qui comptent vraiment.
Le tissu urbain est une vaste zone déshumanisée – "la métropole est cette mort simultanée de la ville et de la campagne" – , ou la Police – au sens large du terme – régit toute forme de vie sociale.
La vie en société n’en est plus une, c’est une vie en réseau, technologisée à outrance, dépouillée de toute forme de vie, "où l’on ne partage rien sinon des codes".
Le travail, matraqué partout en dernier rempart de la crise, est finalement méprisé autant que courtisé : "on déteste les patrons mais on veut à tout prix être employé. Avoir un travail est un honneur, et travailler est une marque de servilité. Bref : le parfait tableau clinique de l’hystérie".
le chiffon de l’économie et de la croissance à tout prix, agité depuis tant d’années, finit par apparaître pour ce qu’il est, un leurre pour décérébrés – "trente ans de chômage de masse, de ‘crise’, de croissance en berne, et l’on voudrait encore nous faire croire en l’économie (…) a force, on a compris ceci : ce n’est pas l’économie qui est en crise, c’est l’économie qui est la crise."
La catastrophe écologique conséquence des ravages du capitalisme effréné est désormais un atout dans la grande course au fric : "l’excitation morbide qui anime journalistes et publicitaires à chaque nouvelle preuve du réchauffement climatique dévoile le sourire d’acier du nouveau capitalisme vert."
 
On pourrait continuer longtemps la longue litanie de ce constat implacable. Parce que le livre saute habilement d’un sujet à l’autre, distillant des évidences qui toutes convergent vers le même point : l’impasse totale de notre temps, sa grande escroquerie, son emprise sur nos cerveaux. Et la nécessité d’une insurrection, rompant avec tout ce qui a pu préexister.
   
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Penser l'insurrection. 
"Il n’est pas question d’occuper, mais d’être le territoire."
 
Face à ce champ de ruines, tout est à reconstruire. S’indigner ne suffit plus. S’engager ne sert à rien. Et avec qui ? "Toutes les velléités de ‘faire de la politique autrement’ n’ont jamais contribué, à ce jour, qu’à l’extension indéfinie des pseudopodes étatiques". Il n’y a plus à attendre, surtout. Attendre, c’est déjà abdiquer. Il faut malmener le présent. La question ne devrait plus se poser en terme de gestion des problèmes, de solutions au cas par cas. La question appellerait une seule réponse : le refus de tout ce qui régit nos sociétés actuelles. En bloc. Refus du travail aliénant. Refus du diktat de la réussite sociale. Refus de l’omniprésence des forces sécuritaires.
Toute autre forme de résistance, composant avec les anciennes formes du passé serait dépassée, et surtout improductive au possible. Tout ce qui peut constituer un ‘milieu’ avec ses modes de pensée préexistants et intellectuellement coercitifs est à bannir : "tous les milieux sont contre-révolutionnaires, parce que leur unique affaire est de préserver leur mauvais confort."
Seule solution, une Commune, derechef : "Une commune se forme à chaque fois que quelques-uns, affranchis de la camisole individuelle, se prennent à ne compter que sur eux même et à confronter leur force à la réalité."
Les moyens du refus ? tout. Tout doit être prétexte à construire l’insurrection, à fonder la commune, à flouer le système. Incivilités, abattage du mobilier urbain, sabotage, arnaques, pillage…. Puis, quand l’insurrection sera là, la développer intelligemment, s’organiser, profiter des faiblesse de l’adversaire. Avec une règle d’or : "A chaque réseau ses points faibles, ses nœuds qu’il faut défaire, pour que la circulation s’arrête, pour que la toile implose." 
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A l’arrivée, malgré l’évidence du constat, beaucoup de choses nous dérangent dans ce texte. D’abord, le manque de rigueur journalistique à l’œuvre dans les démonstrations, l’impression de parfois voir colporté un tissu de rumeurs. Si certains faits – la plupart même –, sont irréfutables, d’autres ne sont que des suppositions. Posées en évidence, en axiomes indépassables, elles nous dérangent un tantinet.
Du livre transparaît aussi une certaine fascination malsaine pour la décrépitude du temps présent. Fascination pour les émeutiers de 2005 transformés ici en gavroches post modernes, en vengeurs de la république – la réalité nous semble assez éloignée.
Fascination pour tout ce qui peut constituer une récupération du système : fraude au RMI, glande au boulot… – profiter du système, n’est ce pas encore le conforter ? 
Fascination pour la révolte sous toute ses formes – on comprend – et amalgamation à tout va – on aime moins (non, Bassora et la Seine St Denis ne sont pas comparables, et de loin...) 
Fascination pour toute forme de réaction violente, quelle qu'elle soit – personnellement, on ne nous enlevera pas de l'idée que 40 cagoulés qui tendent une embuscade à 2 flics et les démolissent à la barre de fer sont des raclures que rien n'excuse.

Et aussi cette jouissance à voir qu’on est tombé aussi bas. A se délecter des bassesses de notre civilisation, à sa course folle vers toujours plus d’inhumanité. 
  
Donc, on n'adhère pas à l’intégralité du propos du Comité invisible (d’ailleurs, pourquoi cet anonymat ? Voudrait-on nous faire croire que se dévoiler constituerait un danger ?), et certaines choses  dérangent dans la démonstration tirée. Reste que d’autres nous semblent d’une justesse limpide. Et qu’amalgamées, elles forment un ensemble qui, s’il ne convainc pas entièrement, a du moins le mérite de remettre en question beaucoup de nos certitudes. Et de dépoussiérer des rengaines d’extrême extrême gauche qui parfois nous semblaient salement déconnectées de notre temps.
 
A lire, donc.




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La Fabrique éditions / 7 euros

 

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Ludwig 25/04/2009 08:46

Cette accusation me rappelle le mot d'ordre de Bush lorsqu'il a déclaré que les mouvements de libération nationale en Amérique Latine étaient des "terroristes". Cela a servi a mettre à genoux pas mal de présidents bandits et assassins (Cf. Uribe en Colombie)pour persécuter et assassiner des hommes politiques qui exprimaient des idées proches de la révolte contre le pouvoir en place sans avoir mis la main sur un pistolet de leur vie. Voilà la "démocratie" que Sarkozy ne cesse de prôner. A bas la dictature molle de Sarkozy et ses sbirres.

olivier 16/11/2008 21:09

A LA PRESSE, AUX REVUES, AUX SYNDICALISTES & AUX MILITANTS DES DROITS DE L’HOMME DE TOUS LES HORIZONS
Dans la nuit, dimanche 16 novembre 2008.


JULIEN COUPAT N’EST PAS UN « TERRORISTE »


A l’heure où j’écris ce présent texte, Julien Coupat vient d’être écroué après 96 heures de garde à vue passées dans les services de la Brigade antiterroriste.
Julien Coupat est mon ancien compagnon de séminaire, à l’EHESS. Il a suivi le séminaire « histoire de la pensée allemande » et soutenu brillamment un DEA autour des écrits de Guy Debord. Nous avons conduit quelques activités communes, dont de nombreuses réflexions et échanges de textes en vue de co-fonder ensemble une revue. Nous avons arpenté la rue Mouffetard à maintes reprises avec les yeux & les mains ouvertes vers la liberté, la désaliénation et l’action pour le progrès.
La revue Tiqqun est née sans moi. Des désaccords pratiques et d’existence nous séparaient. Républicain et nourrissant des analyses me portant à stimuler les actions collectives dans et pour le peuple dans la lutte des classes pour organiser l’union de luttes des classes populaires, nous n’avons pas poursuivi nos relations fraternelles mais le respect mutuel dans nos travaux a demeuré. Nous avons tout de même mis sur pied ensemble un atelier au cours d’un Congrès Marx International à Nanterre. L’orientation intellectuelle et partisane de Julien Coupat l’a mené dans les franges de la radicalité scripturaire. Ni plus, ni moins. Toujours amical avec ses semblables, d’une gentillesse remarquable, les écrits de Julien Coupat sont certes radicaux mais qu’on nous comprenne bien : entre des écrits et les actions, il y a un monde qu’il n’a certainement pas franchi. Du ciel des idées au cieux de l’action, la béance est un drame grossi aujourd’hui par la procurature. Il est devenu le pion d’un jeu imbécile qui en révoltera plus d’un : l’hypertrophie du vocabulaire de la sanction.
Julien Coupat n’est pas un prolétaire mais un bourgeois entré en critique ; il y en a, il en faut ! Individualiste, Julien Coupat n’est pas républicain au sens strict. Il ne méconnaît pourtant pas les idéaux et espérances de l’esprit de la Révolution française, de la Révolution de 1848 et la Commune de 1871 et les milliers de déportés et fusillés, femmes, enfants et vieillards au cours de la répression sanglante orchestrée par Versailles. En rupture de ban avec les idées communes des si gentils mouvements politiques claniques et groupusculaires qui n’ont d’autres vues que de se satisfaire de la haute opinion qu’ils ont d’eux-mêmes, cela fait-il de julien Coupat un « terroriste » ? Non, trois non.

Julien Coupat a mené ses travaux honorablement avec tout le sérieux que je lui connais. Excellente plume littéraire, je peux ne pas être en accord avec ses analyses, orientations théoriques et politiques. Loin de là. Reconnaissons-le pourtant parmi les intellectuels engagés qui n’a jamais fait défaut à l’humanité : nulle tentation et nul appel à l’homicide ne transparaissent dans l’ensemble de ses écrits. Je le sais, nul appel au meurtre ne se lira jamais sous sa plume, malgré les épreuves du jour et de la nuit en enfermé. Il a par la suite fait paraître des livres collectifs, signant Théorie de la jeune fille et Bloom aux Editions Mille & Une nuits sous des noms d’emprunts. Ses textes provenaient tous de la revue Tiqqun. Il a ensuite préfacé un recueil de textes de Blanqui paru aux Editions de La Fabrique. Il a de même été l’une des plumes principales du Comité Invisible popularisant L’insurrection qui vient, toujours aux Editions de La Fabrique, texte éponyme d’une réalité en marche.

Cela fait-il de Julien Coupat un « terroriste » ? Non, trois non.
Que reproche-t-on à Julien Coupat ? D’écrire librement ?
· De qui est-il le bouc émissaire ? D’une certaine idée de la liberté intellectuelle sous contrôle ?
· De quoi est-il le bouc émissaire ? D’une paranoïa instrumentale de la part d’un Ministère aux ordres des dérives répressives du droit pénal européen pour criminaliser toutes orientations politiques et critiques de l’ordre anarchiste du règne de la marchandise capitaliste ?

Nous ne nous étendrons pas ici (ce n’est pas le moment, laissons travailler ses avocats) sur la procédure judiciaire qui frappe Julien Coupat et ses camarades sinon pour exprimer notre aversion pour cette exagération des qualifications pénales et ses mesures tournées vers l’incarcération. Hypertrophier des faits, quels qu’il soient, entraîne des dérives liberticides pour tous. Citoyens, soyez-en conscients ! L’esprit de Versailles ne doit pas passer !

Julien Coupat a-t-il ou pas commis les actes qu’on lui reproche ?
Qu’importe. Ce n’est ici pas le problème de ce présent texte.
Il ne nous appartient pas de juger, même si justice est rendue « au nom du peuple français ».
La justice passera. Elle doit examiner les faits dans la sérénité. Et nous appelons à la sérénité des juges, enquêteurs et journalistes qui rendront compte de l’agitation médiatique décelable à l’instant. Nous appelons à leur examen des faits sans autre souci républicain que de clarifier une situation hors des délirantes accusations de terrorisme.

En effet, le peuple, sujet du droit, n’est pas et ne sera pas le bourreau des seules idées, même celles qui sont contraire à ses intérêts propres dans l’union réelle de sa classe appauvrie, en vue de son émancipation intégrale. Le peuple n’est pas et ne sera pas le bourreau d’actes de potaches pas encore prouvés sinon l’existence de quelques livres, quelques tracts, un baudrier d’escalade et des objets que tout à chacun peut posséder chez lui pour bricoler. Le bricolage n’est-il pas le loisir favori des français, comme nous l’assène la presse depuis quelque temps ?

La disproportion des qualifications pénales à l’encontre de Julien Coupat (« entreprise terroriste ») nous fait craindre des dérives judiciaires ultérieures. Des interpellés la semaine dernière, certains l’ont été parce qu’ils possédaient, dans leurs bibliothèques très fournies, L’insurrection qui vient (Ed. La Fabrique).

Que tous ceux qui possèdent J’irai cracher sur vos tombes de V. Sullivan alias B. Vian, un exemplaire de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793 (pour rappel, elle appelle au renversement des gouvernements n’allant plus dans le sens de l’intérêt du peuple), ou encore L’insurgé de Jules Vallès se rendent en ce cas à la Brigade antiterroriste de suite.

Moi & toi & vous,
nous pouvons tous du jour au lendemain subir quelque accusation que ce soit sous prétexte de nous faire sentir le poids de la répression au nom d’une lecture anti-républicaine du droit. La lecture du droit doit rester mesurée. En toutes circonstances. Pas d’exception en l’Etat de droit… à moins que le masque ne tombe définitivement !

Julien Coupat n’est pas un terroriste.
Julien Coupat n’est pas et n’a jamais été le chef d’un gang.
Julien Coupat doit être dégagé des chefs de terrorisme.
Julien Coupat menotté écrira… encore & encore.
Solidarité avec Julien Coupat & ses amis, y compris s’ils ont commis des excès que nous ne jugerons pas même si nous ne les acceptons pas… mais certainement pas ceux de « terrorisme ».
Pour le reste & les suites, nous agirons et communiquerons en conséquence.


OLIVIER PASCAULT
CHERCHEUR & JOURNALISTE + PLACE AUX FOUS,
PHILOSOPHIE & MUSIQUES, DISCIPLINES DE L’INDISCIPLINE
RADIO LIBERTAIRE
Comité Visible pour le droit de la défense de Julien Coupat & ses camarades

Ecrire à : place-aux-fous@voila.fr

bootdisk 22/09/2008 09:46

Hm. A lire. ...
Et, bon, "40 cagoulés qui tendent une embuscade à 2 flics et les démolissent à la barre de fer" j'appelle ça un juste retour des choses, perso.

winston smith 10/08/2008 09:14

C'est un livre stimulant intellectuellement, au-delà du bien ou du mal.
Je relaie des textes dans cet objectif sur lesilencequiparle.unblog.fr

Polder 14/11/2007 15:12

Un mot des téléologues à propos:
http://www.teleologie.org/TO/turnover/07_insurrection_qui_vient.htm