ZAPA Speech #2 /// Entretien Eric Hazan /// part. 1 /// Les éditions La Fabrique et le marché du livre

Publié le par lémi




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Eric Hazan est le fondateur de la maison d’édition La Fabrique, petite enseigne de l’extrême gauche intelligente qui a pris ses quartiers à Belleville. C’est aussi l’auteur de plusieurs livres marquants et essentiels : LQR, la propagande du quotidien, étude de la domestication contemporaine des cerveaux par l'omniprésence du langage libéral et de ses avatars. Chroniques de la Guerre civile, décorticage des médias autant que constat accablant sur l’évolution de nos sociétés contemporaines. Notes sur l’occupation, récit d’un long séjour dans trois villes palestiniennes, à l’ombre du mur, Naplouse, Hébron et Kalkilyia.  Et L’invention de Paris, travail passionant de cartographie militante de Paris. Le credo à sa démarche, en tant qu’auteur, et en tant qu’éditeur, « faire entendre des voix divergentes ». Personnellement, on prend beaucoup de plaisir à faire entendre cette voix divergente qu’est la sienne, qu’il nous parle du petit nabot joggeur, de l’avenir de l’édition indépendante ou des livres qu’il publie avec La Fabrique. Eric Hazan nous a gentiment accordé, à trois mois d’intervalle, deux  entretiens, l’un portant plus spécifiquement sur la situation du marché du livre et de l’édition indépendante, l’autre sur des questions politiques variées. Voici le premier.      



Mars 2007.


Quel était votre objectif principal lorsque vous avez fondé la Fabrique en 1998 ?

C’était un peu l’idée de faire entendre des voix différentes de celles qu’on entend habituellement. D’arriver à créer un lieu où des gens pensant différemment de la pensée dominante puissent trouver un havre.

 

La Fabrique existe depuis bientôt dix ans maintenant. Est-ce que cet objectif originel a changé ?

Non. C’est plutôt le contraire. Ca se clarifie avec le temps. Les gens savent un peu plus qui on est et donc on a de plus en plus de projets qui nous sont présentés. Notre projet de départ s’est plutôt clarifié, d’autant qu’on s’est rendus compte que ça fonctionnait.

 

Pensez vous exercez votre métier dans les mêmes conditions que lors de la fondation de la maison, notamment au niveau de votre rapport avec les médias ? Est-ce que vous avez plus de retours qu’au début ?

Avec les médias, on a toujours extrêmement peu de retours. La presse écrite nous boycotte dans son ensemble, à quelques exceptions près. La télévision, je ne vous en parle même pas…  De toute façon, à la télévision, on ne parle pas de livres. Et pas seulement des nôtres, mais d’aucun livre. Il reste la radio où nous avons gardé quelques bons amis qui nous réservent une petite place. A France Inter et France Culture, essentiellement.

 

De quels éditeurs contemporains vous sentez vous proches dans l’approche de votre métier ?

Agone surtout. Amsterdam aussi. Il y a également Raisons d’Agir avec lesquels j’ai édité moi-même un livre (LQR, La propagande du quotidien). Pour la plupart, ce sont des gens qui fréquentent les mêmes réseaux alternatifs que nous. Comme par exemple le salon de l’autre livre.  

 

Vous avez fait l’expérience malheureuse du rachat par un grand groupe (Hachette qui appartient au groupe Lagardère) lors de votre expérience dans l’édition d’art, quel enseignement en avez-vous tiré ?

Qu’on ne peut pas travailler à l’intérieur d’un grand groupe. C’est simplement impossible, contrairement à ce qu’ils racontent. Non pas qu’il y ait une véritable censure, il n'y a pas besoin de censure. Tout le monde est tellement convaincu, tout le monde a tellement les mêmes idées, qu’il n’y a aucun besoin de censure à l’intérieur d’un grand groupe.

 

On vous impose une rentabilité, des chiffres…

Oui, c’est ça. Ils font un autre métier, en fait. Les gens comme moi peuvent pas travailler dans un grand groupe, c’est pas possible. Au départ, j’étais un peu naïf. Tout le monde me disait de me méfier, me disait « tu vas voir dans un an t’es parti ». Et moi je me demandais pourquoi ils pensaient ça... A mes yeux, il n’y avait aucune raison que ça se passe mal.

 

J’imagine qu’à l’époque il y avait beaucoup moins d’exemples négatifs, d’éditeurs dégoûtés par cette expérience ?

C’est juste. Je me disais, ils ne peuvent pas modifier mon approche. Même si les éditions Hazan ne marchaient plus financièrement, nous avions une bonne image auprès du public, une crédibilité. Et je pensais que ça briderait leurs interventions. 

 

Combien de personnes travaillent pour la fabrique ?

Nous sommes deux, Stéphane et moi. Et en général, nous fonctionnons avec un ou une stagiaire.

 

Pensez vous avoir atteint votre taille idéale ? Vous avez déclaré, « grandir, c’est mourir », est-ce toujours votre conviction ? N’est pas ce une vision plutôt pessimiste ?

Je ne me rappelle plus avoir dit ça dans ces termes là. Mais je pense que lorsqu’on n’a pas de fonds, on fait des dettes si on grandit. C’est pas possible autrement. Si tu veux rouler vite en voiture, il te faut de l’essence. Pour publier des bouquins, c'est pareil, il te faut de l’argent. Si t’as pas d’argent, ill faut emprunter. Et à partir du moment où tu dois de l’argent aux banques, t’es mort, à moyen terme.

 

C’est un peu l’enseignement que vous avez tiré du rachat des éditions Hazan ?

Oui. Tout le monde sait ça maintenant. Il faut proportionner ses moyens à son travail. Si on dit qu’on veut continuer à faire une édition complètement indépendante, qui ne dépende de personne et si on ne gagne pas au loto, on ne peut pas grandir.

 

Donc, à priori, La Fabrique restera dans sa configuration actuelle ?

Oui. On restera à deux, à publier huit ou dix livres par an, pas plus.

De toute manière, je ne ressens pas de frustration par rapport à ça. On n’est pas inondé de projets qu’on ne peut pas mener à terme. Et puis ça permet de mener les projets en cours à  leur terme sans que, d'aucune manière, ils ne soient bâclés. On les fignole, on en parle beaucoup, c’est une dimension qui me plaît.

 

Personnellement, j’ai découvert La Fabrique par des réseaux alternatifs, pas dans les médias traditionnels ou dans une librairie. Vous souffrez d’un manque de visibilité ?

Ce n’est pas tout à fait vrai pour les librairies. On est présents dans certaines librairies. On est quand même très soutenus dans les cinquante meilleures librairies françaises. On dit que dans la librairie française, il y a environ quatre cents grandes librairies, « premier niveau », comme disent les représentants. Pour moi, ce chiffre est beaucoup surestimé. Il n’y en pas quatre cents. On est plus proches de quarante que de quatre cents, FNAC mises à part. Ca ne veut pas dire que certaines FNAC ne soient pas de très bonnes librairies. Par exemple la FNAC forum a un fonds très impressionnant en sciences humaines. Alors que la FNAC Toulouse, c’est une vraie honte. Tu rentres et tu te dis, « d’accord, nos livres n’ont rien à faire là… » Mais quand je parle des quarante librairies,  je parle des librairies indépendantes

 

Alors que vous êtes une personnalité considérée comme plutôt charismatique de l’édition indépendante, vous êtes généralement absents des médias traditionnels. Est-ce une situation que vous combattez ou pensez vous que c’est le prix à payer pour « faire entendre des voix discordantes » (livre hebdo, 2002) ?

C’est une bonne question, mais je ne sais pas trop comment y répondre. Je pense quand même que c’est plutôt un prix à payer. A partir du moment où on défend certaines positions, en particulier sur l’immigration, l’Islam et la Palestine, on est tellement en opposition avec le courant dominant dans la presse qu’ils vous boycottent.

 

On pourrait quand même imaginer que certains journaux à grands tirages, comme Le Monde ou Libération parlent de vos publications ?

Non. Si on prend l’exemple de Libération, Bernard Henry Lévy a maintenant 6% du capital. Et avec l’arrivée de Rotschild, Libération est pour moi un journal fini au niveau du débat intellectuel. Et il y a trois quatre ans, c’était déjà pareil. Pour trouver encore des ouvertures dans Libé, je dirais qu’il faut remonter jusque vers 2002. Et encore, ce n’était que dans le cas d’un rebond, si tu écrivais un truc, une fois sur trois, ils te le passaient. Maintenant, ça ne sert même plus à rien d’essayer. C’est ce que montre bien le livre de Pierre Rimbert publié par Raisons d’Agir il y a six mois, Libération, de Sartre à Rotschild. Pour Le Monde, c’est pareil, peut être même pire, au niveau de la stagnation intellectuelle.

 

Les éditions Agone ont une règle d’or : « ne jamais publier un livre pour le seul motif de sa rentabilité. » Avez-vous déjà dérogé à cette règle ?

Non. Jamais. La question ne s’est jamais posée, en réalité. On ne s’est jamais trouvé devant un projet en se disant « on va se faire des couilles en or avec ce bouquin même s’il ne nous plaît pas ».

De toute manière, notre domaine d’investigation ne compte en fait aucun best seller possible. Les sciences sociales, ce n’est pas la littérature, on sait qu’on ne touchera jamais un public de masse, sauf rarissime exception.  

 

Existe-t-il selon vous des éditeurs ayant une forte répercussion sur le débat d’idées, politique ou non, en France ? Si oui, cette répercussion est elle comparable à celle qu’ont pu avoir des gens comme Maspero pendant la guerre d’Algérie, Lindon et Minuit sur les grandes questions de société ou Pauvert  et ses pieds de nez à la censure ?  

Je dirais que oui. Les éditeurs que tu as cité (Agone, Raison d’agir, Amsterdam, Le Temps des Cerises…) sont dans le prolongement de ces prises de positions. Mais aujourd’hui, du fait de la concentration dans l’édition et des conditions économiques dans lesquelles nous prenons place, ils sont plus petits, plus inaudibles, plus minoritaires qu’à l’époque.

 

C’est vrai qu’on a l’impression qu’un personnage comme François Maspero (fondateur des éditions Maspero), par exemple, pesait beaucoup sur le débat intellectuel et était très médiatisé. De même que certains livres de Minuit, je pense par exemple à La question, d’Henry Alleg, qui a lancé le débat sur la torture en Algérie, ont eu un retentissement peu imaginable aujourd’hui. Personnellement, je ne trouve pas d’exemple de livres qui dans les dix dernières années auraient à ce point « agi sur l’histoire ».

Tu as raison, il n’y en a pas. Je pense que la concentration dans le monde de l’édition et l’hyperproduction font que notre production est noyée. Beaucoup plus que ne l’était la leur, c’est clair. Il y a un phénomène de dilution dans l’hyperproduction. Je pense que par rapport aux années dont on parle – qui remontent à bientôt cinquante ans, un demi- siècle maintenant – la rentrée littéraire, par exemple, qui concerne plus de six cents livres maintenant, en concernait soixante-dix. En tout cas, certainement pas le genre de déferlement de cartons qui arrivent chez les libraires en septembre. Il y a ce phénomène de la noyade, donc. Mais il y a aussi tout ce qui concerne l’évolution des médias, qui aujourd’hui font silence sur tout ce qui dérange. Il y a vraiment un étouffoir de la presse écrite, qui est quand même le soutien principal du livre quoi qu’on pense. En tout cas, historiquement, ça a été le principal soutien.C’est quand même dans les journaux, dans les magazines, dans les mensuels, dans les hebdos, qu’on parle  du livre. Mais aujourd’hui, les livres qui dérangent, les livres qui ne sont pas dans le courant principal, sont absents. Ils ne sont mêmes pas critiqués négativement, ce qui serait déjà une façon de les faire connaître, de reconnaître leur existence. La meilleure façon pour eux qu’il n’y ait aucun retentissement, c’est de ne pas en parler du tout. Par exemple, je viens de publier un livre qui s’appelle notes sur l’occupation, il n’y a pas eu une seule ligne dessus dans la presse écrite. Pas une ligne. Ca ne l’empêche pas de se vendre, il marche relativement bien.

 

Mais un de vos autres livres, LQR, la Propagande du quotidien, il me semble qu’il a eu un écho dans les journaux ?

LQR, c’est différent. C’est parce qu’il a été un gros succès de vente que la presse a été obligée d’en parler. Ils n’en auraient jamais parlé si il n’avait pas marché à ce point.

 

Est-ce qu’alors, ce ne serait pas plus qu’une position idéologique de la part de la presse, une focalisation des journaux sur ce qui se vend beaucoup, un déni des petits ?

Non, je ne crois pas. Je pense que c’est un étouffoir idéologique. Pour LQR, ils ont étés forcés parce qu’il y a eu une émission chez Mermet (« Là-bas si j’y suis » sur France Inter) et à la suite de cette émission, les ventes sont parties en flèche. Et le bouquin s’est retrouvé, qu’ils le veuillent ou non, dans la liste des meilleures ventes de Livres-Hebdo / L’Express. Et là, ils ne pouvaient plus feindre l’ignorance. Ce n’est qu’à ce moment là qu’ils en ont parlé.

  

Votre catalogue aborde des questions très diverses, ce que vous appelez « les divers champs de bataille de la guerre civile » et est à priori détaché de toute affiliation partisane systématique. Pensez vous que l’on puisse faire de l’édition engagée cohérente tout en se focalisant sur une cause ou parti particulier ? 
Non, je pense qu’il faut nous différencier de tout ce qui est affiliation partisane. Etre inféodé à un parti, à une pensée formatée, c’est le contraire de ce que nous faisons. Les éditions Sociales, par exemple dans les années soixante suivaient la ligne du PC et de l’internationale communiste sans pouvoir s’en écarter. Ils n’auraient pas publié un auteur trotskyste. 
 
C’est un peu ça que Gérard Guégan raconte concernant les éditions Champs Libres, très mal vues par l’orthodoxie communiste dans les années 1970.
Oui, j’ai lu son livre. Mais je pense que ça relève d’une autre époque. Il n’y a plus de maison d’édition dont on puisse dire qu’elle serait à la solde d’un parti. A mes yeux, les plus inféodés à un parti, ce serait Grasset, à la solde de Sarkozy et de l’UMP. Leur grand intellectuel, c’est Bernard Henry Lévy, c’est eux qui publient toute cette philosophie de tête de gondole, Luc Ferry et consorts. 

Beaucoup d’acteurs et d’observateurs du monde du livre stigmatisent l’évolution actuelle de l’édition française : la concentration éditoriale, le sacre du marketing et la frilosité des décideurs et du monde médiatique bâillonneraient l’expression de voies discordantes. Vous-même avez parlé de « Mc carthysme soft » et beaucoup encouragé le débat en publiant les deux livres d’André Schiffrin. Est-ce que la situation se dégrade encore ?

La question finalement, c’est : « est-ce que ça peut être pire ? » Je crois que oui. La concentration par exemple, ça peut encore se dégrader. Moi je pense qu’ on va voir dans les prochaines années Albin Michel passer chez Hachette, Gallimard racheté par un groupe allemand et Le Seuil plonger dans le néant intellectuel. On peut voir encore le paysage se dégrader. Pas médiatiquement où on a atteint le fond du trou, ça ne peut pas être pire. Que les suppléments livre des quotidiens deviennent plus mauvais qu’ils ne le sont, je ne crois pas ça possible. C’est devenu carrément un sujet d’hilarité générale d’ailleurs. Avec Le Monde des livres, Libération des livres, on est dans le comique, dans l’indigence.   
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Pour vous, donc, on va passer de cette situation qu’ils appellent « oligopole à frange » (deux grands, quelques moyens, une galaxie de petits), à un duopôle où Gallimard, Albin Michel, Le Seuil…) ne seraient plus indépendants. Il ne resterait plus qu’Hachette et Editis face aux petits, à ceux qu’on rattache à l’édition indépendante ?  
C’est possible qu’on arrive à ça. Pour le Seuil c’est déjà fait. Et je crois que la disparition de cette grande maison intellectuelle est très embétante. Il y a des libraires par exemple qui faisaient 40% de leur chiffre d’affaire avec Le Seuil. Les librairies les meilleures, souvent. Il ne faut pas non plus idéaliser Le Seuil non plus. C’était une maison qui faisait du pognon, dirigée par un personnage quasi mafieux. Mais il se trouve que dans le jeu des circonstances, il y avait un réservoir d’auteurs, un réel bouillonnement d’idées au sein de cette maison. C’était très précieux, comme ce que pouvait être dans le domaine de la presse Le Monde en 1965. Une sorte de garant de propreté intellectuelle.Si cette maison là plonge comme elle a l’air de le faire, c’est tragique. Beaucoup plus que si c’était le cas de Gallimard par exemple. Parce que Gallimard n’est plus depuis longtemps un foyer créatif. Ils exploitent un fonds, c’est tout. Et ne font plus de la littérature, ou alors de la littérature à Goncourt.

 

Finalement, à vous écouter, on a vraiment l’impression d’une coupe réglée de la société au niveau intellectuel. Il n’y a donc plus aucun espace d’expression qui subsisterait pour diffuser des voix un peu discordantes ?  C’est un constat plutôt noir. Qu’on retrouve d’ailleurs dans un livre comme LQR qui décrit finalement l’avancée implacable et inhumaine de la pensée libérale dans une société où ne subsiste plus d’espace de résistance à la pensée dominante.

Je pense qu’on est dans une espèce d’époque charnière. On voit très bien d’où on sort et d’où l’on vient. On vient d’une sociale démocratie assez paternaliste et bienveillante, de droite comme de gauche. C’est fini ça. Il y a un durcissement général de tout ça. Je crois qu’on n’est pas partis pour continuer sur ce mode. Il va y avoir une rupture.

 

Vers le pire ou vers le mieux ?

L’un puis l’autre je dirais. Le pire et puis la réaction, le mieux. Il faudra que le pire montre son vrai visage, se découvre, avant de pouvoir être combattu.

 

Dans « faire mouvement », vous estimez que s’il n’y a pas de résistance à la concentration éditoriale, si personne ne tire vraiment la sonnette d’alarme, ce serait dû à une démission des intellectuels, qui n’auraient aucun intérêt à dénoncer un système les rémunérant grassement.

Oui. Les intellectuels de réseau aujourd’hui, ils font partie de cette concentration. Ils en sont à la fois les agents, les promoteurs et les bénéficiaires. Entre l’oligarchie dont je parlais et les intellectuels de pouvoir, il y a une relation consubstantielle.

 

Ca apparaît patent pour des gens comme Bernard Henry Lévy, Alain Finkielkraut ou Luc Ferry, qui sont finalement des figures de l’intellectuel sans l’être du tout. Mais est-ce qu’il n’y a pas la place pour un discours d’autres intellectuels qui seraient moins bâillonnés ?

En fait c’est un problème de place. Ils monopolisent le terrain. Ce sont des gens qui se constituent des réseaux et qui travaillent tout le temps à ça. Un pied au Point, un pied chez Grasset, un pied au Goncourt… Et ils contaminent d’autres personnes à des niveaux moins élevés. Ils y consacrent toute leur énergie, à tisser cette toile, ce réseau étendu. C’est le paradoxe de l’intellectuel maintenant. Pour l’être, il faudrait consacrer une énergie folle à constituer des réseaux, ce qui est le contraire d’être un intellectuel. C’est pour ça que ce sont des gens qui, au-delà de leurs positions et même s’ils sont intelligents, ont des discours de merde, des pensées de tête de gondole. Des pensées intelligentes de droite, il y en a eu dans l’histoire. Il n’y en a pas maintenant. Ceux qui restent, c’est des intellectuels du maintien de l’ordre. Ils font des bouquins qui incitent à surtout rester tranquille, à ne rien remettre en cause.

 

Et des vrais intellectuels comme Jacques Rancière, publiés par votre maison, seraient l’anti-thèse de ce genre d’intellectuels de pacotille ?

Oui, on peut dire que sa position est tout à fait différente. Comme sa notoriété et ses chiffres de vente. Ce n’est pas la même planète.




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Publié dans Zapa speech

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